Saturday, May 8, 2021
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“On est tous exposés”: la peur gagne les soignants new-yorkais

Equipements de protection rationnés, tests réservés aux malades les plus graves: à New York, épicentre de l’épidémie qui frappe désormais de plein fouet les Etats-Unis, certains soignants confient avoir une peur grandissante du coronavirus, alors que les malades se multiplient dans leurs rangs.”Il y a à la fois un sentiment de désespoir et de solidarité entre nous. Tout le monde a peur, on essaie de s’épauler”, dit Diana Torres, 33 ans, infirmière en rééducation intensive dans un des hôpitaux du groupe new-yorkais Mount Sinai.

Son unité de rééducation intensive n’est pourtant pas la plus exposée face à l’épidémie, qui vendredi soir avait fait 366 morts et infecté plus de 25.000 personnes dans la ville de New York.

Mais elle a déjà eu à s’occuper de plusieurs patients porteurs du virus, et a dû supplier pour obtenir des équipements de protection.

“Je n’obtenais rien, je commençais à être dans tous mes états”, dit-elle. “Ils rationnent les équipements. On vous dit +Tu reçois seulement tant de combinaisons, tant de masques+ et il faut les économiser. Alors vous mettez un sac plastique sur votre combinaison pour la faire durer plus longtemps”, dit cette trentenaire, qui a relayé une photo devenue virale montrant des soignantes revêtues de sacs-poubelle.

“C’est épouvantable”, estime également un interne en psychiatrie d’un autre hôpital new-yorkais, dans le district du Queens. “Il n’y a pas assez d’argent, pas assez de tests, pas assez d’équipements de protection — pas juste pour les médecins, mais aussi pour les infirmiers, les auxiliaires, les agents de nettoyage – tout le monde à l’hôpital est énormément exposé”.

“Les gens en première ligne ne sont pas protégés, ils sont comme des agneaux qu’on mène à l’abattoir”, assène-t-il.

– “Droit de savoir” –

Ce trentenaire, qui se présente simplement comme Andrew, est actuellement chez lui pour cause de fièvre, toux et perte d’odorat: des symptômes caractéristiques de la maladie de Covid-19, même s’il n’a pas pu être testé.

A New York comme dans d’autres pays, les tests sont généralement réservés aux seules personnes présentant des symptômes “graves”, telle une pneumonie, qu’elles travaillent ou non dans la santé.

“C’est criminel. C’est déjà être un gros sacrifice d’être dans la santé, c’est vraiment une honte d’en arriver là”, estime Andrew.

“Techniquement, on est tous exposés”, souligne aussi Diana Torres. Alors “on se comporte tous comme des paranos, en essayant de garder nos distances car on ne peut pas se faire tester”.

“Nous en faisons assez pour avoir au moins le droit de savoir”, dénonce cette mère de trois enfants. “Si ça se trouve, nous sommes tous en période d’incubation”.

Les horaires sont tels pour les internes, dit Andrew, que “nous n’avons pas le temps de digérer nos émotions, il faut juste faire le travail”.

“On nous dit qu’on peut reprendre (le travail) dès qu’on se sent mieux”, malgré les recommandations officielles qui disent d’attendre quelques jours après la disparition des symptômes, dit aussi Mme Torres.

– “Prix ultime” –

Mardi dernier, Kious Kelly, un infirmier de 48 ans qui avait été l’un des responsables de son unité, est mort. Il pourrait bien être le premier infirmier new-yorkais à décéder du coronavirus. Cela “nous a dévastés”, confie Mme Torres.

“C’était quelqu’un qui vivait littéralement à l’hôpital”, raconte-t-elle, “il a payé le prix ultime”.

Interrogé sur le nombre de soignants malades, un responsable des hôpitaux municipaux new-yorkais a indiqué jeudi “ne pas avoir de décompte”.

Dans un communiqué, la direction de Mount Sinai s’est dit “profondément attristée” par la mort de Kious Kelly, tout en assurant “fournir toujours au personnel les équipements de protection critiques dont il a besoin”.

Le maire de New York, Bill de Blasio, a lui assuré que les autorités faisaient tout pour “fournir équipement et matériel” aux soignants, et les “soulager” en faisant venir des renforts de personnel d’autres régions.

Mais selon les estimations des autorités, il faudrait encore attendre trois semaines avant le pic de l’épidémie dans la métropole.

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