Springfield (Ohio), 27 juillet 2026 – InfoHaïti.net – Le gouverneur républicain de l’Ohio, Mike DeWine, a dénoncé, dans une interview accordée à CBS, le projet de l’administration Trump visant à interpeller et à expulser les ressortissants haïtiens appelés à perdre leur statut de protection temporaire (TPS). Il estime qu’une telle politique porterait atteinte à l’économie de son État, aggraverait les pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs essentiels et exposerait les personnes concernées à de graves dangers en cas de retour en Haïti.
Interrogé sur d’éventuelles opérations de la police fédérale de l’immigration, l’ICE, dans plusieurs régions des États-Unis, notamment dans l’Ohio, Mike DeWine a clairement exprimé son opposition. Il a toutefois précisé n’avoir reçu aucune information officielle concernant la préparation de ces interventions.
« C’est une erreur. Ce n’est bon ni pour les États-Unis ni pour l’État de l’Ohio », a-t-il déclaré.
Une contribution au redressement de Springfield
Le gouverneur a particulièrement insisté sur la contribution de la communauté haïtienne au redressement économique de Springfield, ville industrielle située à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Columbus. Selon lui, l’arrivée de travailleurs haïtiens a permis de pourvoir des emplois restés vacants et de répondre aux besoins de plusieurs entreprises locales confrontées à une pénurie de main-d’œuvre.
Les ressortissants haïtiens ont également participé à la revitalisation de certains quartiers. Plusieurs membres de la communauté ont créé des restaurants et d’autres commerces, rénové des logements et contribué à la création d’emplois.
Mike DeWine estime que leur départ constituerait une perte significative pour Springfield et pour l’ensemble de l’Ohio. Selon les données qu’il a citées, environ 60 % de la croissance récente de la population de l’État serait attribuable à l’immigration.
Cette évolution intervient alors que l’Ohio connaît une phase de développement économique marquée par l’arrivée de nouvelles entreprises et la création d’emplois. L’administration de l’État entend renforcer la formation professionnelle de ses habitants, mais considère que la main-d’œuvre locale ne suffira pas à pourvoir tous les postes disponibles.
Le gouverneur a notamment cité l’implantation de l’entreprise américaine de défense Anduril, qu’il présente comme une illustration du dynamisme industriel de l’Ohio. Ce type d’investissement nécessite toutefois un nombre suffisant de travailleurs qualifiés.
« Nous sommes un État en plein essor. Nous avons besoin de personnes qui veulent venir ici et travailler », a-t-il souligné.
Des secteurs essentiels menacés
Mike DeWine a également attiré l’attention sur la forte présence des travailleurs immigrés dans les secteurs sociaux et médicaux. Dans l’Ohio, plus d’un tiers des salariés des établissements de soins de longue durée seraient nés à l’étranger. Une proportion comparable des professionnels intervenant au domicile des personnes âgées, malades ou en situation de handicap serait également issue de l’immigration.
Une politique d’expulsions massives n’affecterait donc pas seulement les personnes visées et leurs familles. Elle pourrait aussi fragiliser les établissements de soins, réduire les services d’aide à domicile et compromettre la prise en charge de nombreux habitants vulnérables.
La disparition soudaine d’une partie de cette main-d’œuvre aggraverait des pénuries de personnel déjà importantes. Selon le gouverneur, les employeurs auraient de grandes difficultés à remplacer les travailleurs expulsés ou privés de leur autorisation d’emploi.
« Il ne sera franchement pas possible de trouver suffisamment de personnes pour les remplacer », a-t-il averti.
Les conséquences d’une telle politique dépasseraient, selon lui, Springfield et l’Ohio. À l’échelle nationale, plusieurs secteurs dépendant fortement de la main-d’œuvre immigrée pourraient connaître des difficultés comparables.
Une situation sécuritaire alarmante en Haïti
Mike DeWine a par ailleurs rejeté l’idée selon laquelle les conditions en Haïti se seraient suffisamment améliorées pour permettre le retour des bénéficiaires du TPS. Il a décrit un pays marqué par l’emprise des groupes armés, la défaillance des institutions publiques et l’incapacité des forces de sécurité à protéger efficacement la population.
Le gouverneur a rappelé que les autorités américaines déconseillaient à leurs ressortissants de se rendre en Haïti. Les liaisons aériennes avec Port-au-Prince ont également été fortement perturbées par les violences et les attaques visant des avions à proximité de la capitale.
Selon lui, les civils, notamment les enfants, sont régulièrement exposés aux affrontements entre groupes armés. Le retour forcé des bénéficiaires du TPS les placerait donc dans une situation d’extrême vulnérabilité.
« Haïti est aujourd’hui un enfer. Renvoyer ces personnes reviendrait littéralement à les renvoyer en enfer », a-t-il affirmé.
Mike DeWine a indiqué avoir discuté de cette situation avec l’ambassadeur d’Haïti. Les personnes expulsées pourraient, selon lui, être contraintes d’arriver dans le nord du pays avant de traverser, par voie terrestre, des territoires contrôlés par des groupes armés pour rejoindre Port-au-Prince ou leur région d’origine.
Le gouverneur considère que très peu de ressortissants haïtiens retourneraient volontairement dans leur pays s’ils disposaient d’une autre possibilité. Certains pourraient tenter de gagner le Canada ou un autre État disposé à les accueillir.
La perte de l’autorisation de travailler
La fin du TPS entraînerait également la perte du droit de travailler légalement aux États-Unis. Cette conséquence administrative pourrait suffire à provoquer le départ de nombreuses personnes, même en l’absence d’opérations d’expulsion systématiques.
Privés de leur autorisation de travail, les anciens bénéficiaires ne pourraient plus conserver légalement leur emploi ni subvenir normalement aux besoins de leur famille. Certains seraient contraints de quitter l’Ohio ou les États-Unis, tandis que d’autres risqueraient de basculer dans la précarité.
Mike DeWine a dit souhaiter que les personnes obligées de partir puissent organiser leur départ selon leurs propres modalités, plutôt que d’être arrêtées et renvoyées de force en Haïti. Leur départ représenterait, selon lui, une perte considérable pour Springfield et l’Ohio, ainsi qu’une tragédie pour les familles concernées.
Une incertitude préjudiciable à l’intégration
Le gouverneur a également souligné les effets économiques et sociaux de l’incertitude juridique qui pèse sur les bénéficiaires du TPS. Cette situation les conduirait à limiter leurs déplacements, leurs dépenses, leurs investissements et leur participation à la vie communautaire.
Certaines des personnes concernées vivent aux États-Unis depuis plus d’une décennie. Elles y ont construit leur vie, fondé une famille et parfois eu des enfants de nationalité américaine. Elles ont également travaillé, payé des impôts et versé des cotisations à la sécurité sociale.
Mike DeWine reconnaît que le TPS constitue, par définition, un dispositif temporaire. Il estime toutefois qu’une application strictement administrative de ce principe ne tient pas suffisamment compte de la durée de présence des bénéficiaires, de leur intégration et de leur contribution économique.
Il préconise une approche plus pragmatique, fondée sur la situation réelle des personnes concernées et leur apport à la société. Expulser des travailleurs établis de longue date ne servirait, selon lui, ni les intérêts de l’Ohio ni ceux des États-Unis.
Un appel à réformer l’immigration légale
Mike DeWine a reconnu que l’Ohio ne disposait d’aucun moyen juridique direct pour empêcher l’application de la politique fédérale, les questions d’immigration relevant principalement de Washington. Son rôle consiste donc à informer l’administration et l’opinion publique des conséquences économiques et sociales que provoquerait le départ des ressortissants haïtiens.
Membre du Parti républicain, il a assuré que le président Donald Trump connaissait son opposition aux expulsions, sans préciser s’il lui avait directement demandé de revenir sur cette politique.
Tout en approuvant le renforcement des contrôles à la frontière avec le Mexique, Mike DeWine a appelé l’administration Trump et le Congrès à engager une réforme de l’immigration légale mieux adaptée aux besoins du marché du travail.
Il souhaite notamment que les étudiants étrangers diplômés d’universités américaines puissent rester dans le pays lorsque leurs compétences répondent à des besoins clairement identifiés. Environ 22 % à 23 % des médecins exerçant dans l’Ohio seraient nés à l’étranger. De nombreux professionnels des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques sont également issus de l’immigration.
Le gouverneur a enfin rappelé que les États-Unis avaient été largement construits par des immigrés. Sa propre famille est arrivée d’Irlande dans les années 1840 pour fuir la famine, et son arrière-arrière-grand-père a participé à la construction du réseau ferroviaire de l’Ohio.
Sans contester le droit des États-Unis de contrôler leurs frontières, Mike DeWine remet en cause l’intérêt économique et social d’expulser des personnes durablement établies, intégrées dans leurs communautés et employées dans des secteurs confrontés à des pénuries de personnel. Une telle politique risquerait, selon lui, de fragiliser des services essentiels et de priver l’économie de l’Ohio d’une main-d’œuvre devenue indispensable.




