Une conversation avec M. Pedro Martinez, commissaire a l’enseignement primaire et secondaire du Massachusetts (DESE), animée par Cyn Rivas sur MCTV
Brockton – 1er Juin 2026 – PAR YVES CAJUSTE, InfoHaïti.net – Le Massachusetts amorce une réforme majeure de son système éducatif secondaire après l’abandon de l’obligation du test standardisé MCAS comme condition d’obtention du diplôme de fin d’études secondaires.
À travers l’initiative « Reimagining High School », l’administration Healey-Driscoll entend redéfinir les finalités des études secondaires en privilégiant une approche plus globale de la réussite scolaire, centrée à la fois sur les compétences académiques, la préparation à la vie professionnelle, l’éducation civique et la maîtrise des réalités économiques contemporaines.
Dans un entretien exclusif accordé jeudi dernier à l’éducatrice Cyn Rivas, coach pédagogique et ancienne membre du comité scolaire de Brockton, le commissaire du Département de l’Éducation primaire et secondaire du Massachusetts (DESE), Pedro Martinez, a présenté les grandes orientations de cette transformation, qui vise à maintenir le Massachusetts parmi les États les plus performants du pays tout en élargissant l’accès à des parcours éducatifs plus flexibles et plus équitables. « Nous voulons que tous nos élèves puissent réellement atteindre leur potentiel au lycée », a déclaré Pedro Martinez, soulignant que cette ambition devait s’appliquer « indépendamment de la communauté dans laquelle ils vivent ou du lycée qu’ils fréquentent ».
Le Commissaire du DESE, lui-même issu d’un parcours d’immigration, a longuement évoqué au début de cet entretien l’influence de son histoire personnelle sur sa vision de l’école publique. Arrivé aux États-Unis depuis le Mexique à l’âge de six ans, élevé dans des conditions difficiles à Chicago et premier membre de sa famille à obtenir un diplôme du secondaire puis universitaire, Pedro Martinez affirme considérer l’éducation publique comme un puissant levier de mobilité sociale. « Je suis profondément convaincu que l’éducation publique peut transformer des vies », a-t-il déclaré, rappelant le rôle déterminant joué par certains enseignants dans son propre parcours scolaire. Il a notamment évoqué un enseignant de sixième année qui lui avait affirmé qu’il était en dessous du niveau attendu, tout en lui donnant « une opportunité de prouver ce dont il était capable ».
Selon le Commissaire Martinez, la réforme actuellement envisagée cherche à dépasser une logique exclusivement centrée sur les examens standardisés afin de promouvoir une vision plus large des compétences nécessaires à la réussite des élèves au XXIe siècle. Le nouveau cadre de graduation devrait ainsi mettre davantage l’accent sur la pensée critique, la résolution de problèmes, les capacités de communication, la collaboration et l’autonomie. « Ce sont les qualités que tous les parents souhaitent voir développer chez leurs enfants », a-t-il souligné.

L’une des priorités de l’initiative « Reimagining High School » de l’Administration Healey-Driscoll consiste également à garantir à tous les lycéens un accès équitable aux cursus académiques permettant une admission dans les universités publiques du Massachusetts. Selon Pedro Martinez, environ 80 % des élèves disposent aujourd’hui de l’ensemble des cours nécessaires pour accéder à l’enseignement supérieur public, mais l’objectif affiché par l’État est d’atteindre une couverture intégrale. « Nous voulons simplement nous assurer que chaque élève bénéficie de cette préparation », a-t-il expliqué.
Le futur dispositif prévoit également un accompagnement renforcé des élèves dès le collège (Middle School, de la 6e à la 8e année), ou au plus tard dès leur entrée au lycée (9e année), à travers l’élaboration d’un « plan postsecondaire ». Cette approche doit permettre aux jeunes d’identifier progressivement leurs centres d’intérêt, leurs aspirations professionnelles ainsi que les parcours de formation susceptibles de soutenir leurs projets. « La question ne devrait plus être uniquement : “Que veux-tu devenir ?”, mais plutôt : “Qu’est-ce qui nourrit réellement ta passion ?” », a déclaré Pedro Martinez. Selon lui, l’objectif est de mieux connecter les apprentissages scolaires aux opportunités concrètes d’études supérieures et d’emploi.
Dans cette perspective, l’administration souhaite développer davantage les formations techniques et professionnelles, les programmes d’« Early College » ainsi que les expériences d’apprentissage en milieu professionnel.
Pedro Martinez a particulièrement mis en avant les programmes techniques du Massachusetts connus sous l’appellation « Chapter 74 ». Il s’agit des lois générales de l’État qui encadrent l’enseignement professionnel et technique (Career and Technical Education – CTE).
Il décrit ces formations comme étant modernes et adaptées aux réalités du marché du travail. Elles intègrent des stages, des expériences rémunérées et une immersion directe dans différents secteurs d’activité tels que la plomberie, les biosciences, les technologies ou encore les métiers de la santé.
« Les élèves voient immédiatement la pertinence de ce qu’ils apprennent », a-t-il observé. Selon lui, ces expériences permettent également aux jeunes de mieux comprendre les réalités concrètes des métiers avant même la fin de leurs études secondaires.

La réforme dans le cadre de l’initiative « Reimagining High School » prévoit également l’introduction élargie de projets de fin d’études (« capstones ») et de portfolios académiques destinés à permettre aux élèves de démontrer leurs compétences à travers des réalisations concrètes. Selon le commissaire Martinez, ces approches offrent une évaluation plus complète des acquis des élèves que les seuls examens standardisés. « Nous voulons nous assurer que le travail réalisé au lycée soit réellement pertinent et connecté aux aspirations des étudiants », a-t-il expliqué.
La littératie financière figure aussi parmi les principaux axes de la future réforme. D’après Pedro Martinez, les consultations publiques organisées dans l’ensemble de l’État ont révélé que l’éducation financière constituait l’exigence la plus fréquemment demandée par les familles comme condition de graduation. Les élèves devraient ainsi être formés à la gestion budgétaire, au fonctionnement du crédit, à l’épargne, aux assurances ou encore aux mécanismes d’investissement. « De nombreuses familles souhaitent que leurs enfants comprennent non seulement les bases des finances personnelles, mais aussi la manière de protéger leur famille et de construire un patrimoine », a déclaré le commissaire Martinez.
Les travaux préparatoires ont également mis en évidence l’importance croissante de l’éducation civique et de l’intelligence artificielle dans les parcours scolaires. L’administration estime que les élèves doivent être préparés à comprendre les enjeux sociaux, politiques et technologiques contemporains.
En ce qui concerne l’intelligence artificielle, Pedro Martinez insiste sur la nécessité de former les jeunes à un usage critique et responsable des nouveaux outils numériques. « Cela peut être un outil extrêmement puissant, mais il faut aussi comprendre les biais potentiels et les questions liées à l’intégrité de l’information », a-t-il expliqué.
Le commissaire Martinez souligne plus loin dans cette interview exclusive accordée à MCTV que cette réforme est le résultat d’un vaste processus de consultation ayant associé enseignants, représentants syndicaux, responsables économiques, élèves, familles, communautés immigrées et défenseurs des élèves en situation de handicap. Des milliers de contributions ont été recueillies lors de groupes de travail, de consultations publiques et d’enquêtes menées à travers le Massachusetts. « Nous considérons cette réforme comme un système global et cohérent », a déclaré Pedro Martinez, affirmant que la majorité des acteurs consultés soutenaient l’idée de standards « plus élevés et plus complets ».
La mise en œuvre des nouvelles orientations devrait s’étaler sur une période transitoire de un à deux ans après l’adoption finale des recommandations, attendue dans les prochains mois. Les autorités éducatives promettent un accompagnement renforcé des districts scolaires et des enseignants afin d’identifier les besoins en formation, en ressources pédagogiques et en assistance technique. Plusieurs établissements appliquent déjà certains éléments de cette approche, notamment les portfolios, les projets interdisciplinaires ou les programmes de finance personnelle. « Nous ne voulons pas que les enseignants aient le sentiment de repartir de zéro », a assuré le commissaire. « Beaucoup d’écoles effectuent déjà ce travail. »
En conclusion, Pedro Martinez a appelé les familles à demeurer activement engagées dans le parcours éducatif de leurs enfants et à se rapprocher des districts scolaires pour mieux connaître les programmes déjà disponibles. Pour le responsable de l’Enseignement primaire et secondaire dans le Massachusetts, cette réforme doit avant tout permettre aux élèves « de découvrir ce qui les passionne » et de disposer des outils nécessaires pour construire leur avenir dans un environnement économique et social en mutation. « Nous voulons aller à la rencontre des communautés là où elles se trouvent », a-t-il affirmé, insistant sur la volonté de rendre le système éducatif plus inclusif, plus accessible et davantage adapté à la diversité des réalités vécues par les familles du Massachusetts. « Tout ce que nous faisons vise à offrir davantage de soutien et d’opportunités à nos jeunes », a-t-il conclu.




