Boston (Massachusetts), Mardi, 20 octobre 2026 – (InfoHaïti.net) – À deux semaines des élections du 3 novembre, la représentante démocrate au Congrès américain Ayanna Pressley a appelé mardi les électeurs du Massachusetts à rejeter la question référendaire numéro 3, estimant que cette réforme du système des primaires renforcerait l’influence des grandes fortunes sur la vie politique et compromettrait les chances des candidats issus des milieux populaires et des minorités.
Lors d’une conférence de presse organisée ce matin dans le centre-ville de Boston, elle a reçu le soutien d’élus démocrates, de responsables syndicaux et de représentants d’organisations communautaires, réunis pour dénoncer les conséquences possibles de cette proposition sur la représentation démocratique.
La question 3 prévoit l’instauration de primaires communes à tous les candidats, indépendamment de leur appartenance politique, à l’issue desquelles seuls les deux premiers pourraient participer à l’élection générale. Ce système, notamment appliqué en Californie, est présenté par ses partisans comme un moyen de renforcer la concurrence électorale et d’élargir le choix des électeurs. Ses opposants redoutent, au contraire, qu’il ne favorise les candidats les mieux financés et les personnalités déjà établies.
Ayanna Pressley dénonce l’influence des grandes fortunes
Devant une coalition réunissant élus, syndicalistes et militants associatifs, Ayanna Pressley a vivement critiqué une initiative qu’elle considère comme une tentative de renforcer le pouvoir des intérêts financiers dans les élections.
« La question 3 constitue une véritable tentative de mainmise sur le processus électoral », a-t-elle déclaré, estimant que certains dirigeants du secteur du capital-investissement cherchaient à réorienter les règles du scrutin au profit de leurs intérêts.
Selon la parlementaire démocrate, cette réforme risquerait de désavantager les candidats ne bénéficiant ni du soutien de grands donateurs ni des ressources financières nécessaires pour mener des campagnes électorales d’envergure. Elle a notamment évoqué la situation des mères célibataires, des responsables syndicaux et des militants associatifs désireux d’accéder à des fonctions électives afin de mieux représenter les intérêts de leurs communautés.
Ayanna Pressley a également remis en cause l’argument des partisans de la réforme, qui présentent les primaires ouvertes comme un moyen de renforcer la concurrence électorale et d’assurer une meilleure représentation des différentes sensibilités politiques. Elle a fait valoir que la dispersion des suffrages entre plusieurs candidats d’un même parti pourrait conduire à leur élimination dès les primaires, alors même qu’ils recueilleraient collectivement la majorité des voix.
« Loin d’élargir la participation démocratique, cette réforme aurait pour effet de restreindre le choix des électeurs », a-t-elle estimé.
La représentante démocrate est également revenue sur sa première victoire électorale au Congrès, en 2018, face à un adversaire disposant de ressources financières considérablement supérieures. Ayant renoncé aux contributions des comités d’action politique d’entreprises et de l’AIPAC, elle avait fondé sa campagne sur les dons individuels et la mobilisation citoyenne, remportant les primaires démocrates avec une avance de 17 points.
Cette victoire illustre, selon elle, la capacité des candidatures issues de mouvements populaires à surmonter les disparités financières et à s’imposer grâce à l’engagement des électeurs.
« Notre démocratie ne devrait pas être réservée à ceux qui disposent des moyens financiers pour y participer », a-t-elle souligné.
Tout en reconnaissant les limites du système électoral actuel, Ayanna Pressley a plaidé pour des réformes visant à élargir la participation démocratique, notamment l’instauration du vote préférentiel, qui permet aux électeurs de classer les candidats selon leurs préférences, ainsi que l’inscription sur les listes électorales le jour même du scrutin, mesure soumise aux électeurs dans le cadre de la question référendaire numéro 4.
« Notre démocratie n’est pas à vendre », a-t-elle conclu, exhortant les électeurs à voter contre la question 3.
Les syndicats et les élus mettent en garde contre les risques d’exclusion politique
Harris Gruman, responsable du Service Employees International Union (SEIU), qui représente quelque 120 000 salariés au Massachusetts, a estimé que la réforme réduirait les chances des candidats issus des milieux populaires et associatifs, auxquels les primaires actuelles permettent de développer leur notoriété et de mobiliser des soutiens.
La sénatrice démocrate Liz Miranda a évoqué plusieurs scrutins en Californie où la dispersion des voix entre candidats d’un même parti avait entraîné leur élimination de l’élection générale. Elle a également souligné que le nouveau système pourrait avantager les élus sortants.
Jordan Berg Powers, président de la campagne « No on 3 », a expliqué avoir quitté Partners in Democracy, organisation favorable à la réforme, après avoir pris connaissance de discussions sur son financement par des acteurs du capital-investissement.
Jessica Tang, présidente de l’American Federation of Teachers du Massachusetts, qui représente environ 26 000 salariés, a dénoncé la concentration des contributions financières. Selon elle, 5,3 des 6,9 millions de dollars recueillis par les partisans de la réforme proviendraient de leurs trente principaux donateurs.
Des élus privilégient d’autres réformes électorales
Le représentant démocrate Andy Vargas, président du groupe parlementaire des élus noirs et latino-américains du Massachusetts, a rappelé avoir remporté sa première élection à la Chambre des représentants de l’État avec moins de 45 000 dollars, grâce notamment à la mobilisation de bénévoles et au travail de terrain. Il a plaidé pour le maintien de conditions électorales permettant l’émergence de nouvelles candidatures.
La conseillère municipale de Boston Ruthzee Louijeune a défendu le vote préférentiel, qu’elle soutient avec sa collègue Julia Mejia, comme une alternative susceptible de mieux prendre en compte les choix des électeurs.
Jonathan Cohn, directeur des politiques publiques de Progressive Massachusetts, a estimé que la réforme pourrait accroître le coût des campagnes et dissuader certains candidats de se présenter. Il a également critiqué les dispositions relatives à la désignation des candidats au poste de lieutenant-gouverneur et à la mention des soutiens politiques sur les bulletins de vote.
À l’approche du scrutin du 3 novembre, la question 3 suscite un débat sur les modalités d’organisation des primaires au Massachusetts. Ses partisans y voient un moyen de renforcer la concurrence électorale et d’élargir le choix des électeurs, tandis que ses opposants s’interrogent sur ses conséquences pour l’accès aux fonctions électives et le déroulement des campagnes.





