Semaine de l’agriculture urbaine dans le Massachusetts : à Everett, Ayanna Pressley plaide en faveur de la souveraineté alimentaire et un meilleur accès à une alimentation saine

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Everett (Massachusetts), 13 août 2026 – InfoHaïti.net – Des responsables politiques, des producteurs et des représentants du secteur associatif se sont réunis jeudi à Everett, au nord de Boston, dans le cadre de la Semaine de l’agriculture urbaine du Massachusetts, consacrée notamment aux enjeux liés à l’accès à une alimentation saine, à la souveraineté alimentaire et à la protection de l’environnement.

Organisée au Tremont Street Community Garden, la rencontre a rassemblé la Députée fédérale (MA-07) Ayanna Pressley, la commissaire aux Ressources agricoles du Massachusetts Ashley Randle, le maire d’Everett Robert Van Campen ainsi que le sénateur de l’État Sal DiDomenico. Les discussions ont porté en particulier sur l’accès aux terres cultivables en milieu urbain, la dépollution des sols et les dispositifs susceptibles de renforcer l’accompagnement des producteurs et des initiatives d’agriculture urbaine dans la région métropolitaine de Boston.

Le maire d’Everett, Robert Van Campen

Le maire d’Everett, Robert Van Campen, a ouvert la rencontre en soulignant les difficultés persistantes auxquelles une partie de la population est confrontée pour accéder à une alimentation saine et de qualité. Il a notamment qualifié Everett de « food swamp », une notion utilisée pour désigner les zones urbaines où l’offre de produits alimentaires fortement transformés et à faible valeur nutritionnelle prédomine largement sur celle de produits frais et nutritifs.

Face à cette situation, la municipalité cherche à développer des solutions permettant de rapprocher les habitants des producteurs. Après une interruption d’une dizaine d’années, un marché de producteurs a ainsi été réintroduit cet été à Everett Square. Organisé toutes les deux semaines, il pourrait devenir hebdomadaire dès l’été prochain, selon le maire.

Les commerçants participant à ce marché sont par ailleurs tenus d’accepter les paiements effectués par l’intermédiaire de l’EBT (Electronic Benefits Transfer), dispositif électronique permettant notamment aux bénéficiaires de programmes publics d’aide alimentaire d’utiliser leurs allocations. Cette mesure vise à faciliter l’accès des ménages à faibles revenus aux produits frais et locaux proposés sur le marché.

La municipalité s’est également dotée d’un Food Policy Council (Conseil de politique alimentaire), chargé d’identifier les principaux obstacles à l’accès à une alimentation saine et d’élaborer des recommandations destinées à orienter la politique alimentaire locale. Robert Van Campen a indiqué que les résultats des travaux de cette instance seraient prochainement présentés au conseil municipal.

Rebecca Kelley, directrice des programmes d’Everett Community Growers (ECG)

Des jardins communautaires nés d’une mobilisation locale

Rebecca Kelley, directrice des programmes d’Everett Community Growers (ECG), a retracé le développement de cette organisation engagée dans la justice alimentaire et environnementale. ECG est née d’une mobilisation de résidents souhaitant cultiver leurs propres aliments, mais confrontés au manque d’espaces disponibles. Après deux années de concertation communautaire multilingue, le Florence Street Community Garden, premier jardin communautaire d’Everett, a été créé en 2012.

L’organisation intervient aujourd’hui dans quatre domaines principaux : l’agriculture urbaine, la formation professionnelle des jeunes, la participation communautaire et le plaidoyer en faveur de politiques publiques liées à l’alimentation et à l’environnement.

Le Tremont Street Community Garden, où s’est tenue la rencontre de ce matin, résulte également d’une mobilisation ayant permis de transformer une parcelle municipale sous-utilisée en espace cultivable. ECG a ensuite aménagé une ferme le long du Northern Strand Community Trail en 2016, lancé en 2018 un programme d’emploi et de formation agricole pour les jeunes, puis créé Broadway Farm en 2021. Entre 2021 et 2024, les récoltes ont notamment été commercialisées dans le cadre du Healthy Incentives Program (HIP), fournies aux écoles publiques d’Everett ou distribuées à des familles locales.

Ashley Randle, commissaire aux Ressources agricoles du Massachusetts

L’agriculture urbaine comme outil de cohésion sociale

Prenant la parole lors de la rencontre, la commissaire aux Ressources agricoles du Massachusetts, Ashley Randle, a souligné la dimension à la fois sociale et communautaire de l’agriculture urbaine. Selon elle, son développement contribue à renforcer l’autonomie des populations locales tout en favorisant un meilleur accès à une alimentation répondant à leurs besoins.

La commissaire a notamment insisté sur l’importance de développer une production locale qui tienne compte des habitudes alimentaires et des traditions culturelles des différentes communautés du Massachusetts. Les jardins et exploitations urbaines constituent, à ses yeux, des espaces où les habitants peuvent participer directement à la production alimentaire et contribuer à répondre aux besoins de leur communauté.

Ashley Randle a également replacé ces initiatives dans le contexte plus général de l’insécurité alimentaire dans le Massachusetts, affirmant que 40 % des habitants de l’État y seraient actuellement confrontés. Elle a enfin salué l’engagement des producteurs, des organisations communautaires et des défenseurs de l’agriculture urbaine, dont le travail contribue, selon elle, à renforcer les solidarités locales et l’accès à une alimentation adaptée aux différentes populations.

Pour Ashley Randle, la Semaine de l’agriculture urbaine permet ainsi de mettre en lumière non seulement la production alimentaire, mais aussi les solidarités qui se construisent autour des jardins et exploitations implantés dans les villes.

Ayanna Pressley, Députée fédérale, MA-07

Ayanna Pressley : « La faim est un choix politique »

Ayanna Pressley, représentante du 7e district du Massachusetts à la Chambre des représentants, a replacé le développement de l’agriculture urbaine dans le contexte plus large des inégalités sociales, sanitaires et alimentaires qui affectent les communautés de sa circonscription.

La parlementaire démocrate a expliqué avoir renoncé à l’expression « food desert » (« désert alimentaire ») au profit de « food apartheid », employée par certains militants pour souligner le caractère structurel des disparités d’accès à une alimentation saine. Selon elle, ces inégalités ne résultent pas de phénomènes naturels, mais sont notamment liées à des choix politiques. Elle a décrit son district comme « diversifié, dynamique et profondément inégalitaire », en particulier en matière de santé et d’alimentation.

« La faim est un choix politique, une crise humanitaire et un échec moral », a déclaré Ayanna Pressley, estimant que les pouvoirs publics disposent des moyens nécessaires pour agir. « La nourriture, c’est la dignité, la vie et la médecine », a-t-elle ajouté.

Pour l’élue, l’agriculture urbaine ne se limite toutefois pas à la production alimentaire. Les jardins et fermes urbaines contribuent également à renforcer les liens communautaires, à sensibiliser les jeunes aux aliments qu’ils consomment et aux écosystèmes qui permettent leur production. Ils participent aussi à la lutte contre les îlots de chaleur, à la préservation de la biodiversité et au renforcement de la résilience climatique.

« L’agriculture urbaine, c’est une communauté en action », a-t-elle affirmé. Selon Ayanna Pressley, elle favorise également la souveraineté alimentaire et la participation des habitants, faisant de lieux comme le Tremont Street Community Garden des espaces de production, mais aussi des « phares d’espoir » pour les communautés locales.

Semaine de l’Agriculture urbaine dans le Massachusetts – (Everett)

Associer davantage les populations aux décisions

La parlementaire a enfin plaidé pour une participation accrue des populations à l’élaboration des politiques publiques, estimant que l’expérience des communautés directement confrontées aux difficultés doit davantage contribuer à orienter les décisions. « Les personnes les plus proches de la souffrance doivent être les plus proches du pouvoir », a déclaré Ayanna Pressley, soulignant qu’une meilleure proximité avec les habitants permet de mieux comprendre les réalités locales et d’élaborer des réponses adaptées.

Elle a également insisté sur la capacité des organisations communautaires à agir sans attendre une évolution politique à Washington. « Nous avons du pouvoir dès maintenant », a-t-elle affirmé, présentant les initiatives locales comme une expression de cette mobilisation. Évoquant une éventuelle reconquête de la Chambre des représentants par les démocrates, Ayanna Pressley a estimé qu’elle devrait permettre d’engager une véritable « reconstruction », plutôt qu’un simple retour à des politiques antérieures qu’elle jugeait déjà insuffisantes pour répondre aux besoins des populations.