Plymouth (Massachusetts), 14 août 2026 – InfoHaïti.net – Trois élus démocrates du Massachusetts au Congrès américain, Ayanna Pressley, James McGovern et Stephen Lynch, ont dénoncé vendredi la détention de migrants sans antécédents criminels après une visite de contrôle non annoncée au centre correctionnel du comté de Plymouth, au sud de Boston.
Seul établissement du Massachusetts accueillant actuellement sur une longue durée des personnes placées en détention civile pour des motifs liés à l’immigration, le centre offre, selon les parlementaires, des conditions matérielles meilleures que celles observées dans d’autres lieux de détention. Les élus ont toutefois contesté le maintien en détention de personnes qu’ils considèrent comme ne présentant aucun danger pour la sécurité publique et appelé à une révision de la politique migratoire de l’administration Trump.
La visite, effectuée dans le cadre des prérogatives de contrôle du Congrès, a permis aux trois parlementaires de s’entretenir avec trois hommes originaires de l’Équateur et du Honduras. Deux d’entre eux avaient été interpellés alors qu’ils se rendaient sur un chantier de construction, selon James McGovern.
« Ils travaillent, ils n’enfreignent pas la loi. Ils n’ont pas d’antécédents criminels », a déclaré l’élu, soulignant que ces hommes avaient des familles dépendant notamment de leurs revenus.
McGovern a estimé que leur maintien en détention soulevait des interrogations sur le coût et les conséquences humaines de la politique fédérale d’immigration, qualifiant cette situation de « gaspillage d’argent » et la jugeant « cruelle ».
Le représentant du 2ème District du Massachusetts au Congrès a néanmoins distingué la politique fédérale des conditions matérielles observées à Plymouth. Il a salué la propreté de l’établissement et estimé que la situation y était nettement meilleure que dans plusieurs autres centres visités par les élus.
« Nous avons visité un certain nombre de centres auparavant, dans lesquels les conditions étaient horribles. Je suis heureux de pouvoir dire que les conditions dans cet établissement ne sont pas de cette nature », a-t-il déclaré.
Pour McGovern, le principal problème réside donc moins dans les conditions matérielles de détention à Plymouth que dans le placement derrière les barreaux de personnes qui, selon les parlementaires, ne représentent pas une menace pour la collectivité.
Des migrants considérés comme présentant un risque très faible
Le Député du 8ème District Stephen Lynch a également souligné que la prise en charge quotidienne des migrants était assurée par l’administration correctionnelle du comté de Plymouth et non directement par le Service américain de l’immigration et des douanes, l’agence fédérale chargée notamment du contrôle de l’immigration sur le territoire américain.Les personnes détenues disposent d’un accès aux soins médicaux, à la nourriture et aux activités récréatives, ainsi que de tablettes leur permettant de communiquer avec leurs familles et leurs avocats.
Lynch a surtout insisté sur leur profil. Une grande partie des migrants présents dans l’établissement seraient considérés par l’administration correctionnelle comme présentant un niveau de risque particulièrement faible.
« Ce ne sont pas des personnes dangereuses. Elles ne sont pas détenues pour des crimes ou des délits. Elles n’ont pas de casier judiciaire, mais elles sont néanmoins détenues », a-t-il affirmé.
Parmi les trois hommes rencontrés figurait un ancien policier équatorien ainsi que deux ouvriers du bâtiment. Ces derniers disposaient, selon Lynch, de numéros de sécurité sociale et de permis de travail et avaient été interpellés alors qu’ils se rendaient sur un chantier.
Pour l’élu, ces situations contrastent avec le discours des autorités fédérales présentant leurs opérations de contrôle migratoire comme visant prioritairement des individus dangereux.
« Ces personnes ne correspondent pas au profil des individus présentés comme les plus dangereux. Elles cherchent au contraire à respecter les règles et à mener une vie normale », a déclaré Lynch.
Plusieurs personnes détenues ont par ailleurs des procédures d’immigration en cours et cherchent à régulariser leur situation dans le cadre des mécanismes prévus par la législation américaine, selon le parlementaire, qui a attribué leur détention au durcissement de la politique migratoire sous l’administration Trump.
Pressley insiste sur les conséquences familiales
Ayanna Pressley, qui représente une partie de la région métropolitaine de Boston à la Chambre des représentants, a insisté sur les conséquences familiales, sociales et économiques de ces détentions. Elle a cité les trois hommes rencontrés — Jose, Alexis et Darwin — afin de mettre en avant leur situation personnelle.
« Ce sont des fils. Ce sont des pères. Ce sont des maris, des hommes aimés par leurs familles, dont le travail est apprécié et essentiel au fonctionnement de nos communautés et de notre économie », a-t-elle déclaré.
Elle a notamment évoqué Jose, 30 ans, père de deux enfants âgés de quatre et deux ans. Ancien policier en Équateur et employé dans le bâtiment aux États-Unis, il n’a encore jamais rencontré sa fille de deux ans, selon Pressley.
Les hommes rencontrés ont également exprimé leur volonté de reprendre leur activité professionnelle. Certains constituent la principale source de revenus de leur foyer et soutiennent financièrement des proches vivant dans leur pays d’origine. Selon les informations recueillies par Pressley, la majorité des migrants détenus à Plymouth sont originaires du Guatemala, du Salvador, de l’Équateur et du Honduras.
« Ce qui est très clair, c’est qu’il s’agit d’un gaspillage d’argent et d’un gaspillage de temps. Et pour quoi ? Nous avons séparé des familles. Nous provoquons des traumatismes », a déclaré la parlementaire.
Pour Pressley, ces détentions affectent non seulement les familles, mais également les communautés locales, privées de travailleurs participant à leur activité économique. Elle a également indiqué que la possibilité d’effectuer cette visite surprise résultait notamment d’une procédure judiciaire engagée par des membres du Congrès.
D’autres visites annoncées en Nouvelle-Angleterre
Dans ses remarques de conclusion, James McGovern a inscrit la situation observée à Plymouth dans le débat plus large sur l’orientation de la politique migratoire américaine. « Quel genre de pays voulons-nous être ? », s’est-il interrogé, estimant que la détention de personnes sans antécédents criminels soulevait des questions fondamentales sur les principes et les priorités des États-Unis en matière d’immigration.
Le parlementaire a par ailleurs annoncé la poursuite des visites de contrôle dans les centres de détention de la Nouvelle-Angleterre, afin d’évaluer les conditions de prise en charge et de recueillir directement les témoignages des personnes concernées.
McGovern a enfin souhaité une libération prochaine de Darwin Cruz et appelé à une modification de la politique fédérale actuelle de détention des migrants.





