BOSTON, 10 mars 2026 (InfoHaiti.net) – La maire de Michelle Wu, entourée de responsables municipaux et d’organisations communautaires, a annoncé mardi la mise en place d’un nouveau partenariat financier destiné à soutenir les communautés immigrées de Boston confrontées à des besoins jugés urgents.
Lors d’une conférence de presse hier matin, Mme Wu et la conseillère municipale Ruthzee Louijeune ont indiqué qu’un engagement initial de plus de 3,1 millions de dollars avait été obtenu auprès de plusieurs partenaires philanthropiques, notamment The Boston Foundation, Barr Foundation et United Way of Massachusetts Bay.
Ces financements doivent permettre aux organisations locales de répondre plus efficacement aux besoins des familles immigrées, en particulier en matière d’accès aux services sociaux, d’assistance juridique et d’accompagnement communautaire, selon un communiqué.
La maire a également rappelé que la municipalité avait récemment attribué plus de 1,3 million de dollars de subventions par l’intermédiaire du Mayor’s Office for Immigrant Advancement (MOIA), afin de faciliter l’accès des immigrés à des services essentiels et à diverses ressources d’accompagnement.
Selon la municipalité, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à protéger les résidents et à renforcer les programmes de soutien destinés aux populations immigrées de la région.
« Boston continue de se tenir aux côtés des communautés de toute la région pour soutenir nos habitants face aux attaques persistantes de l’administration fédérale », a déclaré Mme Wu. « À un moment où de nombreux résidents font face à une grande incertitude, la ville mobilise l’ensemble de ses partenaires afin de garantir que chacun puisse accéder aux services et aux ressources nécessaires. »
La maire a par ailleurs salué l’engagement de la conseillère municipale Ruthzee Louijeune ainsi que le soutien des fondations partenaires, appelant donateurs, entreprises et habitants à rejoindre cet effort collectif.
Selon les responsables municipaux, ce partenariat vise à renforcer les réseaux d’assistance existants et à veiller à ce que les familles immigrées de Boston restent connectées aux services dont elles ont besoin pour vivre et travailler dans la ville.

La conseillère municipale de Boston, Ruthzee Louijeune, qui a contribué à mobiliser plusieurs partenaires philanthropiques pour cette initiative, a souligné que ces ressources étaient indispensables pour répondre au climat d’incertitude croissant parmi les familles immigrées.
« La vigilance exige des moyens. Pour protéger nos résidents, nous devons disposer des ressources nécessaires », a-t-elle déclaré, estimant que les collectivités locales doivent renforcer leur capacité d’action face aux conséquences des politiques migratoires fédérales.
Ruthzee Louijeune, fille d’immigrants haïtiens, a également évoqué la mort d’Emmanuel Damas, un immigré arrêté à Boston par les autorités fédérales de l’immigration puis transféré dans un centre de détention en Arizona, où il est décédé après s’être plaint de douleurs dentaires. La conseillère municipale a exprimé ses condoléances à la famille et estimé que ce drame illustrait la vulnérabilité de certaines communautés immigrées.

Prenant la parole lors de cette conférence de presse, le président-directeur général de The Boston Foundation (tbf) , Lee Pelton, a rappelé le rôle central des populations immigrées dans la vitalité économique et démographique du Massachusetts.
Quelque 18 % des habitants de l’État sont nés à l’étranger, tandis que les immigrés représentent 27 % des entrepreneurs et 40 % des propriétaires de commerces de proximité, a-t-il indiqué. Selon des estimations récentes, les immigrés vivant dans le Massachusetts ont versé près de 20 milliards de dollars d’impôts au cours de l’année écoulée, contribuant au financement des services publics, des infrastructures et de divers programmes sociaux.
« Lorsque nous parlons des immigrés, nous parlons de voisins, d’entrepreneurs, de travailleurs et de contribuables qui participent pleinement à l’avenir de notre région », a déclaré M. Pelton.
Le PDG de tbf a également rappelé que la Boston Foundation soutient les communautés immigrées depuis plus d’un siècle. Fondée en 1915, l’institution a consacré certaines de ses premières subventions importantes à aider des familles immigrées à reconstruire leur vie à Boston au lendemain de la Première Guerre mondiale.
Selon lui, l’action de la fondation repose depuis son origine sur une conviction simple : les immigrés ont toujours été essentiels à la vitalité et à la prospérité de Boston et de sa région. Dans ce contexte, il a estimé que la période actuelle exigeait une mobilisation accrue de la société civile en faveur des populations les plus vulnérables.
Citant Martin Luther King Jr., qui affirmait qu’« il arrive un moment où le silence devient une trahison », M. Pelton a appelé citoyens et institutions à se mobiliser pour soutenir les communautés immigrées.
La fondation a par ailleurs annoncé le lancement d’un programme intitulé « Meeting the Moment », comprenant l’octroi de subventions immédiates et la création d’un fonds de 1,4 million de dollars destiné à soutenir les organisations intervenant auprès des populations les plus vulnérables.
Le centre de recherche Boston Indicators, affilié à la fondation, doit prochainement publier des données et analyses visant à mieux documenter les contributions économiques et sociales des immigrés dans la région.

De son côté, le président-directeur général de United Way of Massachusetts Bay, Marty Martinez, a annoncé la réactivation du United Response Fund, un mécanisme destiné à mobiliser rapidement des ressources philanthropiques afin de soutenir les organisations communautaires.
Selon lui, les effets des politiques migratoires fédérales dépassent largement les seules populations directement concernées. « Lorsque des familles renoncent aux soins médicaux, que des enfants cessent de fréquenter l’école ou que des travailleurs perdent leur emploi, c’est l’ensemble de nos communautés qui en subit les conséquences », a-t-il déclaré.
M. Martinez, ancien Chef des services de santé et des services sociaux de la Ville de Boston pendant la crise du Covid19, a également rappelé que United Way avait déjà mobilisé plus de 7 millions de dollars pour soutenir des organisations fournissant une aide alimentaire lors d’une interruption du financement fédéral du programme SNAP, avant de distribuer un million de dollars supplémentaire afin d’aider les familles à faire face aux coûts du logement et de l’énergie.
Lors de cette conférence de presse organisée à l’hôtel de ville de Boston, plusieurs représentants d’organisations communautaires ont également témoigné des difficultés rencontrées sur le terrain.

La présidente émérite de la Chinese Progressive Association, Suzanne Lee, a évoqué un climat d’inquiétude croissant au sein des familles immigrées, affirmant que la crainte d’arrestations par les autorités migratoires dissuade certains résidents de participer à la vie communautaire ou même de fréquenter les commerces de leur quartier.
Organisation fondée il y a près de cinquante ans pour défendre les droits des familles chinoises à Boston et dans sa région, la Chinese Progressive Association s’est donné pour mission de faire entendre la voix des travailleurs immigrés, souvent absents des lieux où se prennent les décisions politiques et économiques, a rappelé Mme Lee.
« La plupart des familles immigrées travaillent dur et s’entraident depuis des générations », a-t-elle déclaré, soulignant que nombre d’entre elles sont venues à Boston animées par l’espoir d’un avenir meilleur. Mais, selon elle, cet espoir s’érode face aux tensions actuelles liées aux politiques migratoires et au climat d’incertitude qui en découle.
Mme Lee, ancienne directrice de la Josiah Quincy Elementary School, a notamment relaté le cas d’un père de famille installé aux États-Unis depuis une vingtaine d’années, arrêté lors d’un rendez-vous administratif lié à sa procédure d’immigration.
Seul soutien financier du foyer, il a été placé en détention, laissant derrière lui un enfant ayant des besoins particuliers et une épouse sans emploi. Selon Mme Lee, la communauté a dû réunir 15.000 dollars afin de payer la caution permettant sa libération.
« Cette peur est réelle et affecte profondément les familles ainsi que les enfants », a-t-elle déclaré, évoquant l’anxiété croissante ressentie par de nombreux parents et élèves.
Suzanne Lee a également indiqué observer les effets de cette inquiétude dans les écoles et les quartiers, notamment dans le quartier de Chinatown, où certains habitants hésitent désormais à sortir ou à participer aux célébrations communautaires.
« Les enfants ne peuvent pas apprendre correctement lorsqu’ils vivent dans un tel climat d’anxiété », a-t-elle estimé, soulignant que les organisations communautaires doivent redoubler d’efforts pour orienter les familles vers des ressources d’aide, notamment en matière de services juridiques.
Mme Lee a toutefois salué le soutien apporté par les autorités locales et les responsables municipaux de Boston, affirmant que l’engagement des élus contribue à préserver la dignité et l’espoir des communautés immigrées qui ont choisi la ville pour y construire leur avenir.

Pour sa part, Paola Gentile-Goldenthal, directrice du bureau de Boston de Kids in Need of Defense (KIND), a insisté sur les conséquences des politiques migratoires récentes pour les mineurs non accompagnés.
Elle a souligné que l’accès à une représentation juridique constitue une condition essentielle pour permettre à ces enfants de faire valoir leurs droits et d’obtenir une protection aux États-Unis. Or, a-t-elle expliqué, les financements fédéraux destinés à ces services juridiques ont été réduits alors même que les procédures d’expulsion s’accélèrent.
Elle a cité l’exemple d’un jeune migrant disposant d’un statut légal et d’un permis de travail, arrêté sur son lieu de travail puis transféré dans un centre de détention en Californie. Après plusieurs semaines de procédures judiciaires, un juge a finalement ordonné sa libération, lui permettant de rejoindre sa famille dans le Massachusetts.
« Derrière chaque politique publique se trouvent des enfants dont la vie et l’avenir sont directement affectés », a-t-elle déclaré.

De son côté, la Dre Lunine Pierre-Jérôme, membre fondatrice de l’Association of Haitian Women in Boston (AFAB), a rappelé le rôle de cette organisation créée en 1988 pour soutenir les femmes haïtiennes confrontées à des difficultés économiques et sociales, notamment la violence domestique.
Selon elle, l’association propose aujourd’hui des programmes d’éducation financière, des cours d’anglais, des activités éducatives destinées aux jeunes ainsi que des consultations juridiques pour les immigrés. En 2025, AFAB a fourni une assistance juridique à 89 personnes, souvent avec le soutien d’avocats bénévoles.
Trente-huit ans après sa création, la sensibilisation et l’éducation autour de la violence domestique demeurent au cœur de la mission de l’AFAB. L’organisation poursuit ses efforts pour informer les femmes sur leurs droits, accompagner les victimes et mobiliser la communauté afin de prévenir ce phénomène.
Dr. Pierre-Jérôme a toutefois estimé que les ressources restent insuffisantes face à l’augmentation des besoins. Certaines familles immigrées doivent être temporairement hébergées par des membres de la communauté faute de logements disponibles, tandis que des organisations locales sont parfois contraintes de financer elles-mêmes une aide alimentaire pour les participants à leurs programmes.
Elle a également observé une baisse de la participation aux événements communautaires, qu’elle attribue à la crainte d’arrestations par les autorités migratoires.
« Pour soutenir nos communautés, nous devons agir collectivement », a-t-elle déclaré, citant un proverbe haïtien pour souligner l’importance de la solidarité.
À l’issue de la conférence de presse, les responsables municipaux et leurs partenaires ont appelé fondations, entreprises et habitants de la région à contribuer à cet effort afin de renforcer durablement le soutien aux communautés immigrées de Boston.





