Brockton (Massachusetts), 21 juillet 2026 – YVES CAJUSTE, InfoHaïti.net – Le président du conseil municipal de Brockton, Jack Lally, a défini six priorités qu’il considère essentielles à l’avenir de la ville : moderniser les infrastructures et les services municipaux, assouplir l’obligation de résidence afin d’élargir le recrutement des agents publics , assurer la transparence du financement du projet d’un nouveau lycée, renforcer la coopération entre le maire et le conseil municipal, soutenir la construction de logements et le développement économique et améliorer le dialogue avec tous les résidents.
Né à l’hôpital de Brockton et élevé dans cette ville, Jack Lally attribue son engagement dans la vie publique à son expérience au sein de son quartier. Les échanges entre résidents l’ont sensibilisé, dès son plus jeune âge, aux incompréhensions que peuvent susciter certaines décisions municipales auprès de la population.
« Il me semblait que certaines mesures pouvaient être améliorées et que leur portée n’était pas toujours clairement expliquée aux résidents », a-t-il affirmé.
Élu au conseil municipal pour la première fois en 2015, à l’âge de 18 ans, Jack Lally était alors devenu le plus jeune responsable politique de l’histoire de Brockton. Il exerce aujourd’hui son sixième mandat au « parlement » municipal, où il représente le Ward 6, l’une des circonscriptions électorales de la ville. Selon lui, cette première campagne lui a rapidement appris que la confiance des électeurs repose avant tout sur le dialogue direct.
« Il faut aller à la rencontre des résidents, écouter leurs préoccupations, leur expliquer les enjeux et tenter d’apporter des réponses à leurs difficultés », a-t-il déclaré, estimant que le contact direct, notamment par le porte-à-porte, demeure plus efficace qu’une campagne privilégiant l’envoi de documents électoraux.
Une collaboration indispensable avec le maire Moises Rodrigues
Jack Lally a qualifié de régulière et constructive sa relation de travail avec le maire Moises Rodrigues. Comme il l’avait fait en 2022 avec son prédécesseur Robert Sullivan, lors de son précédent mandat à la tête du conseil municipal, il rencontre fréquemment le chef de l’exécutif. Ces échanges visent à lui faire part des préoccupations des conseillers et, en retour, à permettre aux élus de mieux comprendre les orientations et les projets de l’administration municipale.
« Le gouvernement municipal ne peut fonctionner sans une coopération étroite entre ses deux branches », a-t-il souligné. Selon lui, un dialogue insuffisant entre l’exécutif et le conseil municipal peut ralentir le traitement des dossiers, en particulier lorsque les élus ne disposent pas de tous les éléments nécessaires pour se prononcer.
Les principaux domaines de coopération concernent notamment l’avenir de l’usine de dessalement Aquaria et la recherche de solutions destinées à réduire certaines contraintes pesant sur les finances municipales. Jack Lally a indiqué que M. Rodrigues se montre « tout à fait disposé à nous rencontrer et à échanger ».
Le président du conseil municipal considère par ailleurs que Brockton traverse une période de transition susceptible d’ouvrir de nouvelles perspectives de développement. L’accroissement attendu de la capacité d’emprunt de la ville, le projet d’un nouveau lycée, la récente mise en service du complexe de sécurité publique sur l’avenue Warren, l’arrivée à échéance du contrat avec Aquaria et l’examen d’un nouveau code d’urbanisme constituent, selon lui, autant d’occasions de préparer l’avenir de la municipalité.
« Nous sommes à un moment charnière et nous devons décider de la direction que nous voulons prendre », a-t-il affirmé.
Sécurité publique et obligation de résidence
En matière de sécurité publique, M. Lally préconise un dialogue régulier entre le conseil municipal, les services de police et d’incendie ainsi que les autres administrations concernées. Avec Jeffrey Thompson (Ward 5), président de la commission de la sécurité publique au Conseil municipal, il a notamment rétabli la présentation périodique de rapports par les responsables de ces services.
Selon lui, la principale difficulté rencontrée actuellement par la police ne réside pas dans le financement des postes, mais dans le nombre insuffisant de candidats. Cette pénurie s’expliquerait en partie par l’obligation faite à certains employés municipaux de résider à Brockton.
Des policiers expérimentés ou d’anciens militaires établis dans les communes voisines renonceraient ainsi à rejoindre les services de la ville, ne souhaitant pas vendre leur logement, changer leurs enfants d’établissement scolaire ou bouleverser leur vie familiale.
« Ces candidats qualifiés choisissent finalement de rejoindre les services d’autres collectivités », a-t-il regretté. M. Lally préconise ainsi de remplacer l’obligation de résidence lors du recrutement des agents de la force publique.
Une telle modification, qui devrait être négociée par le maire Moises Rodrigues dans le cadre des conventions collectives, permettrait, selon lui, de pourvoir des postes déjà inscrits au budget et de renforcer la police de proximité. « Une telle mesure permettrait de renforcer la présence des agents sur le terrain et de favoriser des relations plus étroites avec les habitants des différents quartiers », a-t-il déclaré.
Construire en HAUTEUR pour soutenir le logement et le commerce
Face à l’augmentation du coût du logement, Jack Lally préconise d’élargir l’assiette de la fiscalité commerciale afin d’alléger la charge pesant sur les ménages propriétaires de leur résidence principale. Brockton applique un régime d’imposition différencié, qui soumet les entreprises à une contribution proportionnellement plus élevée que celle des particuliers. Selon lui, le tissu économique de la ville demeure toutefois insuffisamment développé pour permettre à la municipalité de tirer pleinement parti de ce mécanisme.
Le conseiller municipal préconise notamment la construction d’immeubles à usage mixte réunissant logements, commerces et espaces ouverts au public, en particulier dans le centre-ville. Le projet de code d’urbanisme fondé sur la configuration des bâtiments pourrait permettre des constructions plus élevées en contrepartie d’aménagements d’intérêt collectif, tels que des espaces verts, des œuvres d’art public ou des restaurants aménagés en toiture.
« Plus la contribution au financement municipal est largement répartie, moins elle pèse individuellement sur les contribuables », a-t-il estimé. », a-t-il résumé.
Plusieurs secteurs, dont Montello, Campello, le centre-ville etc .. font déjà l’objet de projets destinés à favoriser les investissements. Brockton doit néanmoins mieux mettre en valeur ses atouts et ses perspectives de développement, a estimé M. Lally : « Brockton doit mieux faire connaître ses atouts, ses réalisations et ses perspectives de développement afin de renforcer son attractivité », a martelé Jack Lally.
À l’horizon des dix prochaines années, Jack Lally souhaite favoriser une densification (urbaine) maîtrisée de Brockton, reposant sur la construction d’un plus grand nombre d’immeubles de bureaux et de logements dans les secteurs qui s’y prêtent. Cette stratégie de développement en hauteur permettrait, selon lui, de répondre à la raréfaction du foncier disponible tout en préservant le caractère résidentiel des quartiers composés principalement de maisons individuelles.
Eau, assainissement et internet municipal
Considérant les infrastructures comme des éléments essentiels au fonctionnement d’une ville, Jack Lally place les services publics municipaux au cœur de sa stratégie de développement à long terme. Il préconise de renforcer les réseaux d’eau et d’assainissement, d’étudier l’acquisition de l’usine de dessalement Aquaria — qui constitue une source complémentaire d’approvisionnement en eau potable pour Brockton — et de vendre les volumes excédentaires aux communes voisines confrontées à la contamination ou à l’épuisement de leurs réserves souterraines.
Les revenus issus de la vente d’eau pourraient permettre de contenir les tarifs facturés aux résidents de Brockton, de financer le remplacement préventif des canalisations et de rénover les chaussées situées au-dessus de ces réseaux.
Lally préconise également la création d’un service municipal d’accès à internet à haut débit. Sous réserve de l’obtention des autorisations fédérales et de celles de l’État du Massachusetts, ce réseau pourrait s’appuyer sur une importante liaison en fibre optique déployée dans des conduites souterraines le long de Main Street, l’une des principales artères de Brockton. Il souhaite, parallèlement, que la ville étudie la mise en place d’un réseau public de distribution d’électricité, sur le modèle de Taunton et de Braintree, où les tarifs pratiqués sont généralement moins élevés.
Un lycée nécessaire, mais un financement à préciser
S’agissant du projet de construction d’un nouveau lycée, M. Lally juge nécessaire de doter la ville d’un établissement moderne, tout en soulignant l’importance des enjeux financiers. Le coût total du projet pourrait excéder 800 millions de dollars, voire atteindre un milliard. Une hausse de 5 % par rapport au budget initial de 800 millions entraînerait, à elle seule, une dépense supplémentaire de 40 millions de dollars.
« Ce sera le projet le plus coûteux jamais entrepris par la ville », a-t-il averti.
Le futur établissement devrait maintenir un enseignement général tout en accordant une place importante aux formations professionnelles et techniques, dans des secteurs où la demande de main-d’œuvre demeure élevée. Avant toute décision, la municipalité devra toutefois préciser le niveau de la participation financière de l’État du Massachusetts, sa capacité d’emprunt et la part qui serait directement supportée par les contribuables.
Le financement pourrait nécessiter une exclusion temporaire de dette, un mécanisme autorisant une hausse des prélèvements au-delà de la limite habituelle pendant la durée de remboursement du projet. Une telle mesure devrait être soumise au vote des habitants.
« Lorsque le projet sera présenté aux électeurs, il ne devra subsister ni imprécision, ni question sans réponse, ni absence de détails », a déclaré M. Lally. Il a également rappelé que l’État ne finance pas nécessairement l’ensemble des équipements envisagés, notamment la construction éventuelle d’une piscine.
Mieux communiquer avec toutes les communautés
Jack Lally souhaite enfin que la municipalité ait davantage recours aux réseaux sociaux, aux courriels et aux alertes par SMS, tout en renforçant sa coopération avec les organisations communautaires. Il a notamment salué le recrutement récent, au bureau du greffier municipal (Clerk), d’un employé parlant le créole haïtien, qui vient compléter les services déjà proposés en espagnol, en portugais et en créole capverdien.
Cette évolution doit permettre à l’administration de mieux répondre aux besoins d’une population particulièrement diverse. M. Lally a également plaidé pour une coordination accrue entre les associations, les églises et les organisations de jeunesse, afin d’éviter la répétition d’initiatives similaires et de toucher un public plus large.
En conclusion, le président du conseil municipal a invité les résidents à assister aux réunions publiques, à consulter les documents mis en ligne par l’administration municipale, à contacter leurs élus et à participer davantage aux élections. Sur les quelque 15 000 habitants de sa circonscription, environ 2 000 seulement prennent habituellement part aux scrutins, a-t-il relevé.
« Restez mobilisés, informez-vous et n’hésitez pas à poser des questions », a-t-il déclaré, estimant que l’efficacité de l’action municipale dépend aussi de la vigilance des citoyens et des médias. « Il s’agit de l’argent des contribuables », a-t-il rappelé.




