Port-au-Prince, 7 juillet 2026 (Par YPM, InfoHaïti.net) – Cinq ans après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, l’enquête demeure inachevée. Si la justice américaine a obtenu plusieurs condamnations dans ce dossier, les commanditaires de l’opération n’ont toujours pas été désignés par une décision de justice définitive. En Haïti, aucun procès sur le fond n’a encore été organisé.
Les autorités américaines ont concentré leurs investigations sur les volets du complot ayant transité par les États-Unis, notamment le recrutement des anciens militaires colombiens, le financement, la logistique et la préparation de l’opération. À ce jour, douze personnes ont été condamnées ou ont plaidé coupable devant un tribunal fédéral de Miami. En mai 2026, quatre nouveaux accusés ont été reconnus coupables à l’issue d’un procès. Selon l’accusation, le projet visait initialement à renverser Jovenel Moïse avant d’évoluer vers son assassinat.
Parmi les personnes condamnées ou ayant reconnu leur culpabilité figurent notamment James Solages, Antonio Intriago, Walter Veintemilla, Arcangel Pretel Ortiz, Mario Antonio Palacios, Germán Rivera García, Rodolphe Jaar, John Joël Joseph, Joseph Vincent et Frederick Bergmann, poursuivis à des degrés divers pour leur participation au recrutement, au financement, à la planification ou au soutien logistique de l’opération.
Le médecin haïtien Christian Emmanuel Sanon, présenté par les procureurs américains comme l’une des figures centrales du complot et soupçonné d’avoir nourri l’ambition de devenir président d’Haïti après le renversement de Jovenel Moïse, n’a pas encore été jugé.
En Haïti, l’enquête judiciaire s’est heurtée à de nombreux obstacles, notamment les changements successifs de juges d’instruction, l’instabilité politique, les menaces visant les magistrats et la détérioration de la situation sécuritaire. Une cinquantaine de personnes ont été inculpées, parmi lesquelles Martine Moïse, veuve du président, Claude Joseph, Premier ministre par intérim au moment des faits, Léon Charles, ancien directeur général de la Police nationale d’Haïti, ainsi que plusieurs anciens responsables de la sécurité présidentielle, policiers et autres suspects. Tous contestent les accusations portées contre eux ou bénéficient de la présomption d’innocence, et aucun n’a encore été jugé.
Malgré les avancées de la procédure américaine, plusieurs interrogations demeurent sans réponse : l’identité du ou des commanditaires de l’assassinat, le financement complet de l’opération, le rôle exact de certains responsables politiques et sécuritaires haïtiens, les circonstances de la faible résistance opposée par le dispositif de sécurité présidentielle ainsi que les raisons pour lesquelles plusieurs suspects ont pu circuler librement après les faits.
Cinq ans après les événements, la justice américaine a établi l’existence d’un vaste complot international et condamné plusieurs de ses participants. Toutefois, elle n’a pas identifié de manière définitive le ou les commanditaires de l’assassinat. En Haïti, l’absence de procès continue de retarder l’établissement d’une vérité judiciaire complète sur l’un des dossiers criminels et politiques les plus sensibles de l’histoire contemporaine du pays.




