Boston (Massachusetts), 27 août 2026 – InfoHaïti.net – La procureure générale du Massachusetts, Andrea Joy Campbell, a annoncé jeudi la conclusion d’un accord national de 17,1 milliards de dollars avec Meta, maison mère de Facebook et Instagram, destiné à régler des poursuites accusant le groupe technologique d’avoir conçu ses plateformes d’une manière susceptible de nuire aux jeunes utilisateurs.
Conclu avec une coalition bipartisane de procureurs généraux américains, l’accord prévoit d’importantes modifications des services du groupe ainsi qu’au moins 366 millions de dollars garantis au Massachusetts.
Présenté par les autorités comme le plus important accord de protection des consommateurs jamais conclu par des États américains, hors règlements avec l’industrie du tabac dans les années 1990, le compromis reste soumis à l’approbation de la justice.
« Cet accord ne se limite pas à une sanction financière : il vise à modifier la manière dont les grandes entreprises technologiques exercent leurs activités », a déclaré Andrea Campbell, qui reproche à Meta d’avoir privilégié sa croissance et ses revenus au détriment du bien-être des jeunes.
L’affaire remonte à 2021, lorsque le Massachusetts avait participé à une enquête nationale sur les effets d’Instagram sur les enfants et les adolescents. En 2023, l’État avait engagé une procédure contre Meta et Instagram, accusant notamment le groupe d’avoir délibérément conçu certaines fonctionnalités afin de favoriser une utilisation compulsive de son application par les jeunes.
Des restrictions renforcées pour les adolescents
Si l’accord est approuvé, Meta disposera d’un an pour mettre en place un dispositif destiné à mieux déterminer l’âge de ses utilisateurs, notamment ceux de moins de 13 ans et les adolescents de 13 à 18 ans. Le système ne devra pas imposer la présentation d’une pièce d’identité officielle ou d’autres informations sensibles.
Les moins de 13 ans ne seront pas autorisés à utiliser Facebook ou Instagram. Les adolescents bénéficieront, dans un délai de quatre à six mois, de nouvelles mesures de protection.
Leur utilisation quotidienne des deux plateformes sera notamment limitée par défaut à deux heures. L’accès sera bloqué entre minuit et 6 heures, tandis que les notifications seront suspendues entre 22 heures et 7 heures. Elles seront également désactivées pendant les heures de classe, de 8 heures à 15 heures.
Meta devra par ailleurs permettre aux adolescents de désactiver plus facilement la lecture automatique des contenus et les fils personnalisés par algorithme. Des messages les invitant à interrompre leur navigation devront apparaître après 15 minutes d’utilisation continue, puis après 60 et 90 minutes d’utilisation cumulée.
Les indicateurs chiffrés, notamment le nombre de mentions « J’aime », devront être désactivés sur les publications des adolescents afin de réduire les phénomènes de comparaison sociale. Les filtres reproduisant les effets de la chirurgie esthétique seront également désactivés.
Les comptes des adolescents seront configurés en mode privé par défaut. Les adultes avec lesquels ils n’auront pas volontairement établi de lien seront soumis à des restrictions les empêchant notamment de leur envoyer des messages ou d’accéder à leur compte.
Les parents disposeront également d’outils de supervision renforcés, leur permettant d’obtenir des informations sur le temps passé en ligne par leurs enfants, leurs recherches de contenus et certains contacts avec des adultes.
Jusqu’à 516 millions de dollars pour le Massachusetts
Le Massachusetts pourrait recevoir jusqu’à 516 millions de dollars, dont environ 366 millions garantis sur dix ans. Cette somme comprend notamment des fonds liés au règlement de réclamations concernant l’affaire Cambridge Analytica et l’utilisation abusive de données personnelles d’utilisateurs de Facebook.
Les ressources doivent notamment financer des services de santé mentale et d’intervention en situation de crise pour les jeunes, des activités extrascolaires et estivales, des programmes de plein air ainsi que des initiatives d’éducation et de bien-être numériques.
Une partie des fonds soutiendra également les établissements scolaires limitant l’utilisation des téléphones pendant la journée et la formation des professionnels de santé sur les effets des médias numériques et les troubles liés à l’image corporelle.
L’accord intervient après une décision rendue en avril par la Cour suprême judiciaire du Massachusetts, qui avait estimé que l’article 230 du Communications Decency Act, accordant certaines protections juridiques aux plateformes concernant les contenus publiés par leurs utilisateurs, ne les protégeait pas automatiquement contre des poursuites portant sur la conception et le fonctionnement de leurs propres produits.
Cette décision avait permis à la procédure du Massachusetts de se poursuivre et contribué à ouvrir la voie à l’accord.
Andrea Campbell mène parallèlement une procédure contre TikTok, accusé par son bureau d’avoir développé des fonctionnalités susceptibles de favoriser une utilisation compulsive chez les jeunes. Elle soutient également le STUDY Act, un projet législatif visant à renforcer la protection des mineurs en ligne et à limiter l’usage des téléphones dans les établissements scolaires.
Le Massachusetts et Meta doivent désormais demander conjointement à la justice d’approuver l’accord, ce qui mettrait un terme au contentieux opposant l’État au géant américain des réseaux sociaux.




