Boston (Massachusetts), 6 août 2026 –InfoHaïti.net – (Source: Interview accordée à MORNING JOE, MSNOW –
Au lendemain de la promulgation du PROTECT Act , la gouverneure démocrate du Massachusetts, Maura Healey, a défendu jeudi matin, lors de l’émission Morning Joe, une législation visant à limiter les interventions des agents fédéraux de l’immigration dans plusieurs lieux sensibles, MS-NOW) – Elle a présenté cette mesure comme un instrument de sécurité publique destiné à préserver l’accès aux écoles, aux établissements de santé et aux tribunaux.
La gouverneure a également alerté sur les conséquences économiques et sociales de la suppression annoncée du statut de protection temporaire (TPS), notamment pour quelque 45 000 ressortissants haïtiens établis dans le Massachusetts.
Promulgué hier mercredi au cours d’une cérémonie au local de la COLLABORATIVA à Chelsea (Nord de Boston), le PROTECT Act interdit aux agents de la police fédérale de l’immigration (ICE) de procéder, sans mandat judiciaire, à des arrestations civiles liées à l’immigration dans les tribunaux de l’État, les écoles publiques, les structures d’accueil de la petite enfance et les établissements de santé. Le texte prévoit également des dispositions destinées à protéger les enfants lorsque leurs parents sont placés en détention ou expulsés.
Ancienne procureure générale du Massachusetts pendant huit ans, Maura Healey a affirmé avoir directement observé les effets des opérations fédérales sur les institutions publiques et les communautés immigrées. Selon elle, la crainte d’une arrestation a conduit certains parents à ne plus envoyer leurs enfants à l’école, tandis que d’autres résidents ont renoncé à des consultations médicales, à des visites à l’hôpital ou à des déplacements dans des maisons de retraite.
« Les inscriptions scolaires ont diminué à cause de l’ICE. Les enfants ont peur, les parents ont peur », a-t-elle déclaré, ajoutant que certaines personnes évitaient désormais les établissements de santé même lorsqu’elles avaient besoin de soins.
Pour la gouverneure, les écoles, les hôpitaux et les tribunaux doivent demeurer accessibles à l’ensemble de la population, indépendamment de la situation migratoire des personnes concernées. Elle a ainsi rejeté l’idée selon laquelle le PROTECT Act constituerait principalement une initiative politique dirigée contre l’administration Trump.
Maura Healey a vivement critiqué les méthodes de la police fédérale de l’immigration (ICE), accusé d’entretenir un climat d’intimidation au sein des communautés immigrées. Elle estime que les opérations menées par l’agence fédérale compromettent non seulement l’accès aux services essentiels, mais également le bon fonctionnement de la justice.
Selon elle, certaines victimes d’infractions et certains témoins ont renoncé à comparaître devant les tribunaux par crainte d’être interpellés. Des procédures pénales auraient ainsi dû être abandonnées en raison de leur absence. Les personnes victimes de violences conjugales peuvent également hésiter à solliciter une ordonnance de protection auprès d’un tribunal.
Le PROTECT Act doit, selon la gouverneure, contribuer à restaurer la confiance entre les populations immigrées et les institutions publiques. Il doit notamment permettre aux résidents de fréquenter les établissements scolaires, de se rendre au travail, d’accéder aux soins et de participer aux procédures judiciaires sans redouter une arrestation liée à leur statut migratoire.
Interrogée sur l’éventualité d’un recours engagé par l’administration fédérale contre cette législation, Maura Healey a exprimé sa pleine confiance dans sa conformité au droit. Elle s’est dite convaincue que le Massachusetts obtiendrait gain de cause en cas de procédure judiciaire intentée par l’administration Trump.
Elle a par ailleurs rejeté les critiques formulées par le département américain de la Sécurité intérieure, qui présentent la législation comme une manœuvre politique. La gouverneure a soutenu qu’il s’agissait avant tout d’une mesure relevant de sa responsabilité de protéger les habitants du Massachusetts.
Les conséquences de la suppression du TPS
Au cours de l’entretien, Maura Healey a également fait part de ses préoccupations concernant la fin annoncée du statut de protection temporaire (TPS). Ce dispositif fédéral accorde, pour une durée limitée, une protection contre l’expulsion ainsi qu’une autorisation de travail à certains ressortissants étrangers dont le retour dans leur pays d’origine est temporairement considéré comme dangereux en raison d’un conflit armé, d’une catastrophe naturelle ou de circonstances humanitaires exceptionnelles
Selon les chiffres avancés par la gouverneure, environ 45 000 ressortissants haïtiens bénéficiaires du TPS vivent dans le Massachusetts. Une part importante de cette population travaille dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les services de soins à domicile et d’autres secteurs essentiels.
La suppression du statut entraînerait la perte de leur autorisation légale de travailler et pourrait contraindre des milliers de personnes à quitter leur emploi. Cette évolution risquerait d’aggraver les pénuries de personnel auxquelles sont déjà confrontés les établissements de santé et les services d’aide aux personnes âgées.
Maura Healey a souligné que les conséquences ne se limiteraient pas aux bénéficiaires du TPS et à leurs familles. Les hôpitaux, les maisons de retraite, les employeurs et les familles ayant recours à des aides-soignants ou à des prestataires de soins à domicile seraient également touchés.
La gouverneure a appelé le Sénat américain à intervenir afin de prolonger le dispositif. Elle considère que la suppression du TPS constitue une mesure à la fois préjudiciable aux populations concernées et contraire aux intérêts économiques des États-Unis.
Des travailleurs intégrés menacés d’expulsion
Maura Healey a également critiqué les arrestations visant des immigrés dépourvus d’antécédents judiciaires, installés de longue date aux États-Unis et intégrés au marché du travail. Elle a évoqué le cas d’un paysagiste interpellé alors qu’il se rendait à son travail, ainsi que celui d’une mère arrêtée au moment où elle venait chercher son enfant dans une structure d’accueil.
Selon elle, ces interventions retirent des communautés et du marché du travail des personnes qui exercent une activité professionnelle, paient leurs impôts et élèvent leur famille aux États-Unis. Elles fragilisent ainsi les familles concernées tout en privant certains secteurs économiques d’une main-d’œuvre dont ils dépendent.
La gouverneure a enfin souligné que les préoccupations relatives à la suppression du TPS dépassaient les clivages politiques. Elle a rappelé que la Chambre de commerce des États-Unis avait elle-même demandé à l’administration fédérale de prolonger cette protection en raison de l’importance de ses bénéficiaires pour l’économie et pour plusieurs secteurs confrontés à des pénuries de personnel.
Pour Maura Healey, la politique migratoire de l’administration Trump produit ainsi des effets qui dépassent la seule question de l’immigration : elle affecte également le fonctionnement des institutions publiques, la sécurité des communautés et la stabilité économique du Massachusetts.





