Massachusetts : Maura Healey appelle à une réforme du secteur énergétique

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De gauche à droite : lLeutenante-Gouverneure Kim Driscoll, gouverneure Maura Healey, la secrétaire à l’Énergie et aux Affaires environnementales Rebecca Tepper et la responsable de la politique climatique de l’État, Melissa Hoffer

Boston (MA State House), 31 juillet 2026 — Yves Cajuste, InfoHaïti.net – La gouverneure du Massachusetts, Maura Healey, a appelé aujourd’hui le Parlement à adopter rapidement son projet de loi sur l’accessibilité énergétique, destiné à réduire les factures des ménages et des entreprises. Présenté par son administration, le texte repose sur les priorités suivantes : revoir les modalités d’achat de l’électricité, renforcer le contrôle des dépenses et des bénéfices des compagnies de services publics, supprimer certains avantages financiers accordés aux opérateurs, retirer des factures les charges jugées inutiles, accélérer le développement de sources locales d’énergie et encadrer strictement l’implantation des centres de données (data centers).

Lors d’une conférence de presse au State House, siège du gouvernement et du Parlement du Massachusetts, à Boston en début d’après-midi, Maura Healey a estimé que la hausse du coût de l’électricité, du gaz et de l’énergie de chauffage affectait l’ensemble des ménages et des entreprises du “Commonwealth”.

Flanquée de la lieutenante-gouverneure Kim Driscoll, de la secrétaire à l’Énergie et aux Affaires environnementales, Rebecca Tepper, et de la responsable de la politique climatique de l’État, Melissa Hoffer, Maura Healey a dénoncé les pratiques des compagnies de services publics, accusées de réclamer des augmentations tarifaires tout en maintenant des bénéfices élevés.

« Lorsqu’il s’agit des compagnies de services publics, nous devons mettre fin au statu quo », a-t-elle déclaré, appelant à une intervention législative pour contenir leurs dépenses et alléger la charge pesant sur les consommateurs.

Déposé par son administration en mai 2025, le projet de loi sur l’accessibilité énergétique a depuis fait l’objet de versions distinctes adoptées par la Chambre des représentants et le Sénat du Massachusetts. Une commission de conciliation est chargée d’élaborer un texte commun.

Dans une lettre adressée vendredi aux membres de cette commission, Maura Healey leur a demandé de parvenir rapidement à un compromis et de conserver les principales mesures destinées à réduire les coûts, renforcer la surveillance des opérateurs et accroître la quantité d’énergie disponible dans l’État.

Des achats d’électricité à revoir

La première mesure défendue par la gouverneure vise à modifier les modalités d’achat de l’électricité par les compagnies. Selon elle, le système actuel peut les contraindre à s’approvisionner lorsque les prix sont élevés, avant de répercuter intégralement ces coûts sur leurs clients.

« Cela n’a aucun sens, puisqu’elles transmettent ensuite ces prix à l’ensemble des consommateurs », a-t-elle estimé.

Le projet de loi permettrait aux fournisseurs d’adapter davantage leurs achats aux conditions du marché afin d’obtenir des contrats plus avantageux. Les économies réalisées devraient ensuite être répercutées sur les factures des particuliers et des entreprises.

L’administration Healey-Driscoll souhaite parallèlement accélérer la mise en service de nouvelles capacités énergétiques dans le Massachusetts. Le développement de sources locales doit, selon elle, réduire la dépendance à l’égard des marchés extérieurs, renforcer la fiabilité du réseau et limiter les variations des prix.

La gouverneure a également mis en cause la politique énergétique de l’administration fédérale, qu’elle accuse de faire obstacle à certains projets américains d’énergie solaire et éolienne susceptibles de fournir une électricité moins coûteuse. Elle a par ailleurs évoqué les répercussions de la guerre au Moyen-Orient sur les prix du pétrole et du gaz.

Un contrôle accru des compagnies

Le deuxième axe de la réforme porte sur le renforcement des pouvoirs du Département des services publics du Massachusetts, le DPU, organisme chargé de réglementer les fournisseurs d’électricité, de gaz et d’eau.

Le texte permettrait au DPU d’engager de sa propre initiative des audits destinés à examiner les comptes des compagnies et à déterminer si les dépenses répercutées sur les abonnés sont réellement justifiées.

« Les compagnies doivent ouvrir leurs livres de comptes et démontrer que chacun de leurs coûts est pertinent pour les consommateurs », a affirmé Maura Healey.

Selon un communiqué publié cet après-midi par l’administration Healey-Driscoll et reçu en notre salle de rédaction, National Grid, Eversource, Berkshire Gas et Liberty Gas ont toutes sollicité des augmentations tarifaires au cours des douze derniers mois, dont certaines pourraient atteindre 55 %. Ces demandes seraient notamment motivées par d’importants investissements dans les infrastructures, lesquels contribueraient parallèlement à accroître les bénéfices des opérateurs.

« C’est scandaleux. Les gens n’ont pas les moyens de supporter de telles augmentations », a déclaré la gouverneure, assurant s’être opposée à chacune des demandes de hausse présentées à son administration.

Maura Healey souhaite aussi limiter le niveau de rentabilité accordé aux fournisseurs réglementés et empêcher que certaines dépenses profitant principalement aux dirigeants ou aux actionnaires, comme les frais de déplacement des cadres et les activités de lobbying, soient financées par les consommateurs.

Un remboursement de 1,5 milliard de dollars contesté

La gouverneure a également appelé les propriétaires des réseaux de transport d’électricité de la Nouvelle-Angleterre à renoncer à leur recours contre une décision fédérale leur imposant de restituer environ 1,5 milliard de dollars de bénéfices jugés excessifs.

Ce contentieux trouve son origine dans une procédure engagée lorsque Maura Healey était procureure générale du Massachusetts, puis poursuivie par l’actuelle procureure générale, Andrea Campbell. À l’issue de cette procédure, la Commission fédérale de régulation de l’énergie (FERC) a conclu que les opérateurs avaient appliqué, pendant près d’une décennie, des taux de rendement excessivement élevés.

L’autorité fédérale a ordonné le remboursement d’environ 1,5 milliard de dollars et réduit le niveau de rentabilité autorisé pour les années à venir. Les compagnies concernées ont toutefois fait appel et réclamé un étalement de la restitution.

« Les régulateurs fédéraux ont conclu que les compagnies nous avaient surfacturés pendant des années et qu’elles avaient ainsi réalisé des bénéfices excessifs », a rappelé Mme Healey.

« Abandonnez votre recours et rendez aux habitants du Massachusetts l’argent qui leur est dû », a-t-elle martelé. La gouverneure et Andrea Campbell ont également obtenu le soutien d’autres dirigeants de la Nouvelle-Angleterre pour s’opposer aux propositions visant à préserver ou à augmenter les bénéfices tirés des réseaux de transport.

Des avantages financiers remis en cause

Le projet de loi prévoit par ailleurs de supprimer plusieurs mécanismes jugés excessivement favorables aux compagnies de services publics. Il vise notamment une prime annuelle d’environ 20 millions de dollars versée aux opérateurs du Massachusetts du seul fait de leur participation au réseau électrique régional.

Selon la gouverneure, le Massachusetts est le dernier des six États de la Nouvelle-Angleterre à maintenir ce type d’avantage. « C’est ridicule. Nous devons y mettre fin », a-t-elle déclaré.

L’administration souhaite également supprimer la commission perçue par les compagnies à chaque signature d’un contrat dans le domaine des énergies propres. Les sommes ainsi économisées devraient servir à diminuer les factures plutôt qu’à rémunérer les actionnaires.

La réforme prévoit en outre de réduire ou d’éliminer certaines contributions actuellement intégrées aux factures. Maura Healey estime que plusieurs programmes consacrés aux énergies propres ont pris une ampleur excessive ou ne répondent plus pleinement aux objectifs qui avaient motivé leur création.

« Nous devons les réduire, les réformer ou y mettre fin », a-t-elle affirmé, sans toutefois remettre en cause l’ensemble de la politique climatique de l’État.

L’objectif consiste à préserver les dispositifs dont l’efficacité est établie tout en supprimant ceux dont les coûts ne seraient plus justifiés. Selon l’exécutif, l’ensemble des mesures proposées pourrait faire économiser plusieurs milliards de dollars aux ménages et aux entreprises.

« C’est de l’argent réel, et nous avons besoin de mesures concrètes aussi rapidement que possible. Nos résidents et nos entreprises ne peuvent pas attendre », a insisté la gouverneure.

Les centres de données (data center) sous surveillance

Maura Healey a enfin accordé une place importante à l’implantation des centres de données, des infrastructures très énergivores dont le développement rapide suscite des préoccupations croissantes aux États-Unis.

La gouverneure a rappelé avoir suspendu en juin les avantages fiscaux destinés aux nouveaux centres de données dans le Massachusetts. Elle estime que leur implantation ne doit ni provoquer une augmentation des factures des autres usagers ni compromettre les objectifs environnementaux de l’État.

Selon le cadre réglementaire présenté par son administration, les promoteurs devraient démontrer leur capacité à produire leur propre électricité, issue de sources propres, afin d’éviter une pression supplémentaire sur le réseau.

« Ils ne peuvent pas puiser de l’électricité sur le réseau aux dépens de tous les autres consommateurs », a-t-elle prévenu.

Les projets devraient également faire l’objet d’une évaluation de leurs conséquences sur la qualité de l’air, les ressources en eau et l’environnement. La gouverneure a demandé aux parlementaires d’intégrer ces garanties au texte en cours de négociation.

« Si des promoteurs souhaitent construire dans le Massachusetts, ils doivent démontrer qu’ils peuvent le faire sans faire augmenter les coûts et sans porter atteinte à l’environnement », a-t-elle ajouté.

Pour Maura Healey, la réforme doit rompre avec un modèle permettant aux opérateurs d’accroître leurs investissements et leurs bénéfices tout en transférant une part croissante de leurs coûts aux consommateurs.

« Nous avons besoin de mesures fortes pour maîtriser les dépenses et les bénéfices, de protections concernant les centres de données et d’une réduction des factures », a-t-elle conclu, appelant la Chambre et le Sénat à parvenir rapidement à un accord.