Massachusetts : Healey promulgue une loi qui protège les livres contre la censure dans les écoles et les bibliothèques

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Franklin (Massachusetts) 10 août 2026- Par Yves Cajuste – InfoHaïti.net – La gouverneure démocrate du Massachusetts, Maura Healey, a promulgué cet après-midi une loi destinée à prévenir les interdictions de livres dans les écoles et les bibliothèques publiques. Baptisé « Freedom to Read Act » (« loi sur la liberté de lire »), le texte instaure une procédure uniforme et transparente pour l’examen des ouvrages contestés, interdit leur retrait pour des motifs exclusivement personnels, politiques ou religieux et renforce la protection professionnelle des enseignants et des bibliothécaires.

La cérémonie de promulgation s’est déroulée à la bibliothèque publique de Franklin, la première bibliothèque publique des États-Unis. Maura Healey a choisi ce lieu historique pour inscrire la nouvelle législation dans la tradition éducative du Massachusetts, qui abrite également la première école publique du pays  (Boston Latin) ainsi que l’université Harvard, la plus ancienne institution universitaire américaine.

La gouverneure a rappelé qu’en 1778, les habitants de Franklin avaient sollicité Benjamin Franklin afin qu’il offre une cloche à leur nouveau lieu de réunion. Celui-ci avait préféré faire don de plus d’une centaine d’ouvrages, estimant que la connaissance constituerait un apport plus durable.

Selon Maura Healey, Benjamin Franklin avait compris que les communautés se renforçaient lorsque leurs habitants, en particulier les jeunes, disposaient d’un large accès aux livres et à l’apprentissage. « Dans le Massachusetts, nous avons toujours considéré que la connaissance appartenait à tous », a-t-elle déclaré, en défendant une éducation de qualité accessible à l’ensemble de la population et non à une minorité privilégiée.

La nouvelle loi  « Freedom to Read Act » établit des normes communes pour la sélection et le réexamen des documents conservés dans les bibliothèques publiques et scolaires. Chaque établissement devra adopter une politique écrite définissant les critères utilisés pour constituer ses collections ainsi que la procédure à suivre lorsqu’un livre ou un autre support fait l’objet d’une contestation.

Les familles et les membres de la communauté pourront continuer à exprimer leurs préoccupations concernant certains ouvrages. Leurs demandes devront toutefois être examinées dans le cadre d’une procédure locale ouverte, fondée sur des critères préalablement établis. Un document ne pourra pas être retiré d’une collection au seul motif qu’il serait contraire aux convictions personnelles, politiques ou religieuses d’un requérant.

Dans les bibliothèques scolaires, les décisions devront continuer à prendre en considération la valeur pédagogique des ouvrages et leur adéquation avec l’âge des élèves. Un livre contesté ne pourra être retiré qu’après un vote du comité scolaire local, l’organe élu chargé de superviser le fonctionnement du système éducatif public dans chaque municipalité.

La possibilité de demander le réexamen d’un ouvrage scolaire sera par ailleurs réservée aux élèves inscrits dans l’établissement, à leurs parents ou représentants légaux ainsi qu’aux membres du personnel. Cette disposition vise notamment à empêcher que des personnes ou des organisations extérieures à la communauté scolaire puissent provoquer le retrait d’un document sans lien direct avec les élèves concernés.

Le Conseil des commissaires aux bibliothèques du Massachusetts devra élaborer des modèles de règlement et fournir des ressources destinées à faciliter l’application de la loi. Les autorités devront également publier chaque année un bilan des contestations enregistrées afin de mesurer l’ampleur du phénomène et de vérifier que les procédures sont appliquées de manière cohérente dans l’ensemble de l’État.

Le texte de cette loi accorde en outre une protection juridique et professionnelle aux bibliothécaires, aux enseignants et aux autres employés scolaires chargés de sélectionner les documents. Ils ne pourront pas faire l’objet de sanctions disciplinaires ou de conséquences défavorables sur leur emploi lorsque leurs décisions auront été prises de bonne foi et conformément aux politiques en vigueur.

Discours de la Gouverneure Maura Healey cet après-midi à la Bibliothèque municipale de Franklin avant la promulgation de Freedom to Read Act

Maura Healey a estimé que ces professionnels devaient être en mesure d’exercer leurs fonctions « sans crainte de représailles ». La loi vise, selon elle, à garantir simultanément « la liberté de lire, la liberté d’apprendre, la liberté de poser des questions difficiles et la liberté de découvrir des idées avec lesquelles nous pouvons être d’accord ou en désaccord ».

La gouverneure a également assuré que la législation ne retirait pas aux parents leur capacité de superviser les lectures de leurs propres enfants. Elle a présenté le texte comme un moyen de préserver cette responsabilité individuelle, tout en empêchant une famille d’imposer ses choix à l’ensemble d’un établissement ou d’une collectivité.

Les écoles et les bibliothèques constituent, selon Maura Healey, des espaces où les jeunes peuvent découvrir la science, l’histoire, la poésie ou les arts, mais aussi être confrontés à des perspectives susceptibles de remettre en question leurs convictions. « Les livres ne nous disent pas quoi penser. Ils nous apprennent à penser », a-t-elle déclaré.

La dirigeante démocrate a replacé la promulgation de cette loi dans un contexte national marqué par la multiplication des controverses sur le contenu des bibliothèques scolaires. Des associations conservatrices et des groupes de parents ont engagé, dans plusieurs États américains, des procédures visant des ouvrages traitant notamment du racisme, de l’histoire des minorités ou des questions liées au genre et à l’orientation sexuelle.

Maura Healey a directement mis en cause l’administration du président républicain Donald Trump, qu’elle accuse de chercher à restreindre la liberté intellectuelle et de contrôler la manière dont certains sujets sont enseignés. Elle lui a notamment reproché d’avoir réduit les moyens fédéraux consacrés à l’éducation et tenté de retirer certains ouvrages des bibliothèques de bases militaires.

Elle a également critiqué la suppression, sur des sites internet du Pentagone, de contenus consacrés à des anciens combattants noirs et à des femmes ayant servi dans l’armée. Ces initiatives s’inscrivent, selon elle, dans une politique plus générale visant à effacer certaines références historiques et à limiter l’accès à des points de vue divergents.

« À un moment où l’éducation et la liberté de pensée sont attaquées, il est essentiel que les États exercent leur leadership », a-t-elle déclaré. « En signant ce texte, nous défendons les principes qui guident le Massachusetts depuis très longtemps : l’éducation, l’égalité des chances et la libre circulation des idées. »

La gouverneure a affirmé que le Massachusetts entendait ainsi empêcher les campagnes d’interdiction de livres de s’étendre à ses écoles et à ses bibliothèques. Chaque jeune doit pouvoir, selon elle, lire librement, développer son esprit critique et construire sa propre compréhension du monde, y compris en étudiant des idées auxquelles il n’adhère pas.

Maura Healey a enfin associé cette législation aux investissements éducatifs réalisés par son administration. Le financement des écoles publiques a, selon elle, doublé depuis son entrée en fonction en janvier 2023.

Son gouvernement a notamment créé le programme Literacy Launch et promulgué une législation destinée à améliorer l’apprentissage de la lecture en privilégiant des méthodes et des supports pédagogiques fondés sur les données scientifiques. Des dispositifs intensifs de tutorat ont également été instaurés pour permettre aux élèves de bénéficier gratuitement d’un accompagnement individuel.

La gouverneure a par ailleurs proposé une enveloppe supplémentaire de 100 millions de dollars afin d’aider les collectivités locales à préserver les postes d’enseignants et les programmes jugés indispensables à la réussite scolaire.

« Le Massachusetts a toujours montré la voie en ouvrant des portes plutôt qu’en les fermant et en élargissant l’accès à la connaissance plutôt qu’en le restreignant », a-t-elle conclu, affirmant vouloir continuer à faire confiance aux élèves, aux enseignants et aux bibliothécaires.