Massachusetts|Santé mentale des jeunes : la gouverneure Maura Healey propose une régulation stricte des plateformes numériques

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De gauche à droite : Max Page, Président du Massachusetts Teachers Association et maura Healey, Gouverneure du Massachusetts

Boston – (State House) –  14 avril 2026 – (Reportage : YVES C AJUSTE, InfoHaïti.net) – La gouverneure du Massachusetts, Maura Healey, accompagnée de son secrétaire à l’Éducation, Stephen Zrike, a présenté mardi un projet de loi visant à encadrer plus strictement l’usage des réseaux sociaux par les mineurs, en instaurant des paramètres de sécurité par défaut et en limitant certaines fonctionnalités jugées addictives, sur fond de préoccupations croissantes liées à la santé mentale des adolescents.

Point de presse de la Gouverneure Maura Healey ce mardi 14 Avril 2026 au State House (Boston)

Des protections renforcées pour les mineurs

Le dispositif proposé prévoit notamment la mise en place d’un système de vérification de l’âge, ainsi que l’activation automatique de paramètres de sécurité pour les utilisateurs de moins de 18 ans. Ces mesures incluent la désactivation de fonctionnalités telles que le défilement infini, la lecture automatique de vidéos et les algorithmes de recommandation ciblée.

L’accès aux plateformes serait par ailleurs restreint pendant la nuit et les heures scolaires, avec une limitation par défaut à deux heures d’utilisation quotidienne. Pour les utilisateurs âgés de 15 ans ou moins, toute modification de ces paramètres nécessiterait l’autorisation d’un parent ou d’un tuteur.

« Nous devons protéger les jeunes en ligne comme nous protégeons leur santé et leur sécurité dans d’autres domaines », a déclaré la gouverneure, soulignant que « les plateformes ont été conçues pour être addictives et exploiter les vulnérabilités des jeunes ».

Un enjeu de santé publique

S’appuyant sur plusieurs études, la gouverneure a rappelé que plus de 95 % des adolescents utilisent les réseaux sociaux, avec un temps moyen estimé à environ trois heures et demie par jour. « Les jeunes qui passent plus de trois heures par jour sur ces plateformes voient leur risque de dépression et d’anxiété doubler », a-t-elle affirmé.

Elle a également dénoncé l’inaction des grandes entreprises technologiques, estimant qu’elles « n’ont pas été des gardiens responsables de la sécurité des jeunes », et appelant à « redonner le contrôle aux familles ».

David Monahan, directeur de campagne de l’organisation Fairplay

Une responsabilité partagée, selon les défenseurs

Présent lors de l’annonce, David Monahan, directeur de campagne de l’organisation Fairplay, a salué une initiative majeure. « Ce n’est pas un combat équitable pour les parents », a-t-il déclaré, accusant les plateformes de « manipuler les jeunes, collecter leurs données et les cibler avec de la publicité ».

Selon lui, ces pratiques exposent les adolescents à des contenus nocifs, notamment le harcèlement et les troubles alimentaires. « Nous devons exiger des garde-fous et tenir les entreprises responsables », a-t-il insisté.

L’alerte du monde éducatif

Max Page, président de la Massachusetts Teachers Association

Du côté du monde éducatif, les inquiétudes demeurent vives. Max Page, président de la Massachusetts Teachers Association, a décrit , lors de ce point de presse au State House, une situation préoccupante dans les établissements scolaires. « Nos élèves ne vont pas bien. Ils sont plus isolés, plus déprimés et distraits par une technologie conçue pour capter leur attention », a-t-il déclaré.

S’il reconnaît que ces mesures ne constituent pas une réponse unique à un problème complexe, il estime qu’elles représentent « des garde-fous pragmatiques », susceptibles d’améliorer à la fois les apprentissages et les interactions sociales.

Même constat pour Phil O’Connor, président du syndicat des enseignants de Lynn (MA), qui évoque une exposition de plus en plus précoce aux réseaux sociaux. « Certains restent éveillés jusqu’à trois ou quatre heures du matin à faire défiler du contenu sans fin », a-t-il rapporté, pointant des difficultés accrues de concentration et d’interaction en classe.

La voix des jeunes : « Nous ne demandons pas à être déconnectés, mais à être protégés »

Invitée à s’exprimer sur le sujet, Emma Perry, élève de terminale à Everett High School, a souligné les effets concrets de ces plateformes dans la vie quotidienne des adolescents. « Les réseaux sociaux font partie de nos vies, mais ils ne devraient pas nuire à notre santé mentale, à notre sommeil ou à notre sécurité », a-t-elle déclaré.

« Nous ne demandons pas à être déconnectés, mais à être protégés », a-t-elle ajouté, estimant que la législation proposée permettrait d’instaurer « un meilleur équilibre ».

Vers une régulation accrue

Ce projet de loi s’inscrit dans la continuité des actions engagées par Maura Healey lorsqu’elle occupait les fonctions de procureure générale, notamment à travers des enquêtes visant les pratiques de groupes comme Meta et TikTok, lit-on dans un  communiqué publié par l’Administratiion Healey-Driscoll peu après le point de presse.

Le texte doit désormais être intégré au budget supplémentaire que la gouverneure prévoit de déposer. Il pourrait, s’il est adopté, positionner le Massachusetts parmi les États les plus avancés en matière de régulation des réseaux sociaux pour les mineurs, précise ce communiqué.

Téléphones portables à l’école : législateurs du Massachusetts unis pour en limiter l’usage

Au cours des deux dernières semaines, la Chambre des Représentants du Massachusetts a parallèlement intensifié ses travaux sur la régulation de l’usage des réseaux sociaux par les jeunes. Le 8 avril 2026, la Chambre a adopté, à une large majorité de 138 voix contre 13, un projet de loi visant à encadrer l’accès des mineurs aux plateformes numériques. Parmi les mesures figurent l’instauration de restrictions d’usage en milieu scolaire, l’obligation de mécanismes de vérification de l’âge, ainsi que des exigences accrues en matière de transparence des algorithmes utilisés par les entreprises technologiques.

De son côté, le Sénat du Massachusetts s’est également prononcé en faveur de mesures similaires, adoptant le 3 avril 2026, à l’unanimité (39 voix contre 0), des dispositions relatives à l’interdiction de l’usage des téléphones portables durant les heures de classe. Cette initiative s’inscrit dans un effort plus large visant à limiter les effets des technologies numériques sur la concentration et le bien-être des élèves.

Ces initiatives législatives convergentes traduisent une volonté croissante des autorités du Massachusetts de mettre en place un cadre réglementaire global pour mieux protéger les jeunes face aux risques associés aux réseaux sociaux.