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ÉVIAN-LES-BAINS (France), 15 juin 2026 (Par Yves Cajuste, InfoHaiti.net/MCTV) – Réunis à partir de lcet après-midi à Évian-les-Bains pour le 52e Sommet du G7, les dirigeants des principales démocraties industrialisées abordent leurs travaux dans un environnement international particulièrement complexe, marqué par la poursuite de la guerre en Ukraine, les tensions persistantes au Moyen-Orient, les incertitudes pesant sur le commerce mondial et l’essor rapide de l’intelligence artificielle.
Dans une entrevue exclusive accordée à InfoHaiti.net et MCTV, le professeur Patrick Leblond, spécialiste de l’économie politique internationale à Université d’Ottawa et observateur de longue date des travaux du G7, estime que les enjeux économiques discutés à Évian sont désormais indissociables des rivalités géopolitiques qui structurent l’ordre international.
Selon lui, le ralentissement de l’économie mondiale s’explique autant par les conflits en cours que par les tensions commerciales croissantes entre les grandes puissances. Les perturbations affectant les marchés de l’énergie, notamment au Moyen-Orient, ainsi que les politiques tarifaires mises en œuvre par l’administration du président américain Donald Trump, contribuent à fragiliser les perspectives de croissance et à accentuer les inquiétudes des partenaires de Washington.
Pour Patrick Leblond, le sommet d’Évian illustre une évolution profonde de la dynamique du G7. Là où l’organisation constituait traditionnellement un forum de coordination des politiques économiques occidentales, elle se trouve aujourd’hui confrontée à des divergences croissantes entre ses membres.
« Nous sommes dans une logique de G6 plus un », résume-t-il, estimant que les six autres membres cherchent à préserver les mécanismes de coopération internationale tout en composant avec une approche américaine jugée plus unilatérale dans plusieurs dossiers économiques et commerciaux.
La sécurité économique au cœur des préoccupations
Parmi les thèmes appelés à dominer les discussions figure la sécurité économique, devenue l’une des notions centrales des politiques publiques des pays industrialisés.
Patrick Leblond la définit comme la capacité d’un État à protéger le fonctionnement de son économie contre des formes de dépendance ou de coercition provenant de l’étranger. Cette problématique concerne aussi bien les infrastructures critiques et les réseaux numériques que les chaînes d’approvisionnement, la recherche scientifique et les ressources stratégiques.
L’universitaire souligne notamment la dépendance persistante de nombreuses économies occidentales à l’égard de la Chine pour les terres rares et les minéraux critiques indispensables aux technologies de pointe, aux équipements militaires et à la transition énergétique.
Selon lui, les membres du G7 cherchent désormais à réduire ces vulnérabilités par une diversification de leurs approvisionnements et par un renforcement de leur coopération dans les secteurs jugés stratégiques.
L’intelligence artificielle figure également parmi les grands dossiers du sommet.
Pour Patrick Leblond, les gouvernements sont confrontés à un exercice d’équilibre délicat : encourager l’innovation tout en établissant des mécanismes de gouvernance capables d’encadrer les risques associés à ces technologies.
Ces préoccupations concernent notamment la protection des données personnelles, la cybersécurité, les effets de l’automatisation sur l’emploi ainsi que la concentration du pouvoir économique entre les mains d’un nombre limité d’entreprises.
Le professeur observe que le secteur est aujourd’hui largement dominé par les États-Unis et la Chine, ce qui pousse plusieurs pays européens, ainsi que le Canada et le Japon, à rechercher des solutions leur permettant de préserver une plus grande autonomie technologique.
Selon lui, le G7 pourrait jouer un rôle important dans l’élaboration de normes communes et de principes internationaux destinés à encadrer le développement de l’intelligence artificielle. Toutefois, les divergences stratégiques entre les grandes puissances rendent l’émergence d’un consensus particulièrement difficile.
L’émergence d’une « troisième voie »
Face à la domination technologique américaine et chinoise, Patrick Leblond estime que plusieurs puissances moyennes tentent de développer une approche alternative.
Il cite notamment les coopérations engagées entre le Canada, la France, l’Allemagne et d’autres partenaires afin de renforcer leurs capacités dans le domaine de l’intelligence artificielle et de réduire leur dépendance à l’égard des grandes plateformes étrangères.
Selon lui, cette stratégie vise autant à préserver la compétitivité économique qu’à renforcer l’autonomie politique et stratégique des pays concernés.
L’Inde pourrait également jouer un rôle croissant dans cette dynamique. Le chercheur observe que New Delhi poursuit depuis plusieurs années une politique visant à renforcer sa souveraineté numérique et ses capacités technologiques, tout en multipliant les partenariats avec l’Europe et le Canada.
L’énergie, enjeu majeur de l’IA
Le développement de l’intelligence artificielle soulève par ailleurs d’importants défis énergétiques.
Les centres de données nécessaires à l’entraînement et à l’exploitation des systèmes d’IA consomment des quantités considérables d’électricité, un enjeu particulièrement sensible pour les économies européennes confrontées à des contraintes énergétiques persistantes.
Patrick Leblond estime que le Canada pourrait bénéficier de ses importantes ressources énergétiques pour devenir un partenaire stratégique de plusieurs économies alliées. Il souligne toutefois que les efforts devront également porter sur le développement de technologies moins énergivores afin de rendre l’intelligence artificielle plus durable à long terme.
La guerre en Ukraine demeure également l’un des principaux sujets inscrits à l’ordre du jour du sommet.
Selon Patrick Leblond, l’essentiel du soutien financier et militaire à Kiev repose aujourd’hui sur les pays européens, avec l’appui du Canada et du Japon. Les discussions d’Évian devraient porter à la fois sur la poursuite de cette assistance et sur les mécanismes destinés à préparer la reconstruction future du pays.
Toutefois, observe-t-il, les perspectives demeurent étroitement liées à l’évolution du conflit, dont l’issue reste incertaine.
Les priorités canadiennes
Concernant le Canada, dirigé par le premier ministre Mark Carney, Patrick Leblond estime que l’une des priorités sera de poursuivre le dialogue avec Washington tout en renforçant les liens avec les partenaires européens et asiatiques.
Ottawa devrait notamment chercher à réduire les incertitudes entourant l’avenir de l’accord commercial nord-américain et à promouvoir plusieurs initiatives liées aux minéraux critiques, à la sécurité économique et à l’intelligence artificielle.
À ses yeux, le véritable enjeu du sommet dépasse toutefois les dossiers sectoriels. Il concerne la capacité des démocraties industrialisées à préserver les mécanismes de coopération internationale dans un contexte marqué par la montée des rivalités stratégiques, le retour des rapports de force et l’affaiblissement progressif du consensus multilatéral qui a longtemps constitué le fondement du G7.





