Boston commémore le 250e anniversaire de l’héritage révolutionnaire d’Henry Knox et de Roxbury

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« Boston ne peut être véritablement le berceau de la liberté que si nous reconnaissons l’ensemble des histoires qui ont façonné cette ville » Michelle WU

Boston, 7 mars 2026 – REPORTAGE – PAR YVES CAJUSTE, InfoHaïti.net – La ville de Boston a commémoré ce samedi le 250e anniversaire de l’héritage révolutionnaire d’Henry Knox et du quartier de Roxbury, dans le cadre du programme plus vaste Boston 250, destiné à rappeler les épisodes marquants de la Révolution américaine à l’approche du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, prévue au début du mois de juillet2026.

Les activités ont débuté par un défilé commémoratif reliant le secteur de Fenway High School à la First Church à Roxbury. Le cortège, accompagné d’un attelage tirant un canon et de participants vêtus de costumes du XVIIIᵉ siècle, a traversé le quartier avant de rejoindre John Eliot Square, lieu emblématique de l’histoire locale.

À l’arrivée du cortège sur John Eliot Square, les participants ont pris place à l’intérieur de l’église historique First Church in Roxbury, où s’est tenu un programme consacré à la réflexion historique et à la célébration civique.

Au cours de cette cérémonie commémorative, plusieurs historiens et spécialistes de la période révolutionnaire ont apporté leur éclairage sur la portée historique de l’événement. Parmi eux figuraient Noelle Trent, directrice du Museum of African American History, l’écrivain et chercheur Dart Adams, l’historien Jonathan Lane, le chercheur Ray Shepard ainsi que Robert J. Allison, professeur d’histoire à Suffolk University.

Michelle Wu, maire de Boston et la lieutenante-gouverneure du Massachusetts, Kim Driscoll, ont également pris la parole afin de souligner l’importance de cet anniversaire dans la mémoire collective de la ville ainsi que dans la transmission de l’histoire de la Révolution américaine aux nouvelles générations.

Amanda Shea, Poète

Animée par la poète Amanda Shea, chargée de conduire le programme, la rencontre s’est ouverte par la déclamation d’un poème composé pour l’occasion, intitulé Boston, Breathing Revolution. Dans ce texte introductif, l’auteure décrit Boston comme une ville façonnée par une longue tradition de résistance civique et d’engagement politique.

Évoquant les événements fondateurs de la Révolution américaine, Amanda Shea a rappelé que l’histoire révolutionnaire de la ville ne se limite pas à des épisodes célèbres comme le Boston Tea Party, mais s’inscrit dans une dynamique plus large de contestation, de mobilisation populaire et de lutte pour la justice. Selon la poète, l’héritage révolutionnaire de Boston se manifeste encore aujourd’hui dans les mouvements pour les droits civiques, l’égalité et la justice sociale, qui prolongent l’esprit de liberté né il y a deux siècles et demi.

Prenant ensuite la parole, la directrice du Museum of African American History, Dr Noelle Trent, a souligné l’importance de reconnaître le rôle souvent sous-estimé des Afro-Américains dans l’histoire de la Révolution américaine. Elle a rappelé que les habitants noirs de Boston ne se contentaient pas d’adopter les idées de liberté exprimées par des figures telles que John Adams ou John Hancock, mais développaient également leurs propres réflexions sur l’oppression, la justice et la liberté.

Dr Noelle Trent, directrice du Museum of African American History

L’historienne a notamment évoqué le cas de Crispus Attucks, figure emblématique du Boston Massacre de 1770, dont l’engagement s’enracinait dans son expérience personnelle d’homme noir ayant connu l’esclavage. Considéré comme la première victime de la Révolution américaine, il fut tué le 5 mars 1770 lors de cet affrontement entre soldats britanniques et habitants de Boston. Selon elle, les communautés afro-américaines de la ville participaient activement aux débats intellectuels et politiques de leur époque, dans une cité déjà ouverte aux influences du monde atlantique.

Dr Trent a également rappelé que la Révolution américaine eut des conséquences complexes pour les populations noires. Lorsque les propriétaires loyalistes quittèrent Boston à la fin de la guerre, beaucoup emmenèrent avec eux les personnes qu’ils réduisaient en esclavage, provoquant la séparation de nombreuses familles. Certaines furent dispersées vers le Canada, les Caraïbes ou, plus tard, vers la Sierra Leone. « La Révolution a représenté un moment d’espoir pour beaucoup, mais elle a aussi entraîné des pertes profondes pour la communauté noire », a-t-elle souligné.

L’historien Dart Adams a poursuivi cette réflexion en rappelant que l’histoire révolutionnaire du Massachusetts ne peut être comprise sans reconnaître la contribution des Afro-Américains. Il a cité plusieurs figures historiques ayant marqué la vie intellectuelle, scientifique et politique de la colonie puis du jeune État américain.

Dart Adams, historien

Parmi elles figure Onesimus, un Africain réduit en esclavage qui contribua à introduire la pratique de l’inoculation contre la variole à Boston au début du XVIIIᵉ siècle, une avancée médicale qui allait transformer durablement la santé publique. Adams a également évoqué Paul Cuffe, entrepreneur et militant pour les droits civiques, ainsi que la poète Phillis Wheatley, dont les écrits publiés pendant la Révolution lui valurent une reconnaissance internationale.

L’historien a également rappelé que de nombreux Afro-Américains participèrent directement aux combats de la guerre d’indépendance, citant notamment Peter Salem, Salem Poor ou encore Philip Abbott, parmi d’autres soldats noirs engagés dans les rangs des forces révolutionnaires. Selon lui, ces hommes et ces femmes ont contribué à faire progresser l’idée d’égalité et de liberté qui allait progressivement s’inscrire dans les institutions du Massachusetts, notamment lorsque les habitants noirs de l’État invoquèrent la Constitution de 1780 pour revendiquer juridiquement leur liberté.

Ray Anthony Shepard, auteur et historien

L’auteur et historien Ray Anthony Shepard a pour sa part attiré l’attention sur des figures moins connues de cette période, notamment celle d’Abel Benson, un jeune garçon noir qui aurait participé à la diffusion d’alertes annonçant l’approche des troupes britanniques au début du conflit. À travers ce récit, Shepard a voulu montrer que la quête de liberté pendant la Révolution dépassait largement les intérêts de certains colons et concernait également des personnes privées de leurs droits fondamentaux.

Le professeur Robert J. Allison, historien à Suffolk University et spécialiste reconnu de la Révolution américaine, a replacé l’événement dans son contexte militaire et stratégique. Il a rappelé que Roxbury occupait une position essentielle pendant le siège de Boston entre 1775 et 1776. Situé sur l’étroit passage reliant la péninsule de Boston au reste du territoire, le quartier constituait l’une des principales lignes de front entre les forces britanniques retranchées dans la ville et les milices coloniales.

Selon lui, pendant près de dix mois, Roxbury fut le théâtre d’échanges d’artillerie quasi quotidiens entre les deux camps. Cette petite communauté agricole d’environ 2 000 habitants se transforma alors en base militaire pour les troupes coloniales venues de plusieurs colonies.

Professeur Robert J. Allison, historien à Suffolk University

C’est également à Roxbury que Henry Knox, ancien libraire de Boston devenu officier de l’armée continentale, construisit l’un des principaux forts destinés à défendre la position des insurgés. Impressionné par ses compétences organisationnelles, le général George Washington lui confia la mission de récupérer les canons du fort Ticonderoga, dans l’État de New York.

Cette expédition, menée durant l’hiver 1775-1776 à travers des terrains difficiles et des routes gelées, permit d’acheminer plusieurs dizaines de pièces d’artillerie jusqu’à Boston. Leur installation sur les hauteurs de Dorchester contribua directement à contraindre les forces britanniques à évacuer la ville en mars 1776.

Kim Driscoll, Lte-Gouverneure du Massachusetts

La lieutenante-gouverneure du Massachusetts, Kim Driscoll, a salué cet exploit logistique qu’elle a qualifié de « mission audacieuse rendue possible par la coopération de nombreuses communautés ». Elle a souligné que le déplacement de ces canons sur des centaines de kilomètres, sans moyens mécaniques modernes, avait reposé sur l’entraide entre habitants de différentes villes et colonies.

Selon Mme Driscoll, le parcours historique aujourd’hui connu sous le nom de Knox Artillery Trail constitue non seulement un itinéraire commémoratif, mais aussi un symbole de collaboration civique et de solidarité entre communautés. « L’indépendance n’a pas été obtenue par un individu seul, mais par l’effort collectif de citoyens convaincus que leur action pouvait changer le cours de l’histoire », a-t-elle déclaré.

La Maire de Boston, Michelle Wu, a pour sa part insisté sur l’importance de reconnaître le rôle de Roxbury et de ses habitants dans les événements qui ont conduit à l’évacuation britannique de Boston. Elle a rappelé que ce quartier constituait un point stratégique essentiel pour la défense des forces patriotes.

Michelle WU, Maire de Boston

Mme Wu a également souligné que l’histoire traditionnelle de la Révolution américaine a longtemps omis de nombreuses contributions, notamment celles des Afro-Américains, des femmes et des populations autochtones. « Boston ne peut être véritablement le berceau de la liberté que si nous reconnaissons l’ensemble des histoires qui ont façonné cette ville », a-t-elle affirmé.

Mchelle Wu a annoncé à cette occasion un programme municipal destiné à mieux faire connaître ces récits historiques. La ville prévoit d’investir 650 000 dollars pour financer l’installation de nouveaux marqueurs historiques et soutenir des projets de recherche communautaires visant à documenter les aspects méconnus du passé de Boston.

Au total, 25 nouveaux marqueurs devraient être installés dans différents quartiers de la ville avant les célébrations du 250e anniversaire de l’indépendance américaine, prévues le 4 juillet 2026.

La cérémonie s’est conclue par un spectacle immersif intitulé Boston Beacon, combinant projections lumineuses en trois dimensions, musique, poésie et performances artistiques, afin d’illustrer l’évolution du quartier de Roxbury et son rôle dans l’histoire révolutionnaire de la ville.

À travers cette commémoration, « Nous souhaitons rappeler que l’héritage de la Révolution américaine demeure vivant et continue d’inspirer les débats contemporains sur la liberté, l’égalité et la mémoire historique » a confié hier à InfoHaïti.net l’un des organisateurs.

Yves Cajuste, 7 Mars 2026 (Roxbury, Massachusetts)