Selon l’International Crisis Group, l’alliance des gangs menace toute sortie de crise en Haïti

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PORT-AU-PRINCE — 15 Décembre 2025 – (InfoHaïti.net) – L’alliance des gangs armés qui domine aujourd’hui une grande partie d’Haïti constitue l’un des principaux obstacles au rétablissement de la sécurité et de l’autorité de l’État, selon un rapport publié sur le site de l’International Crisis Group, qui appelle à une stratégie coordonnée pour démanteler cette coalition criminelle devenue un acteur central de la crise haïtienne.

Depuis le milieu des années 2010, la situation sécuritaire s’est fortement dégradée dans le pays le plus pauvre des Amériques. L’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, combiné à l’effondrement des institutions, à l’instabilité politique chronique et à une crise socioéconomique aiguë, a ouvert la voie à l’expansion des gangs, notamment dans la capitale Port-au-Prince et ses environs, relève ce rapport de l’ONG, mis en ligne sur son site internet.

Un tournant majeur est intervenu en février 2024 avec la création de Viv Ansanm (« Vivre ensemble »), une coalition sans précédent réunissant des gangs auparavant rivaux, dont le puissant réseau G9 et des factions du G-Pèp. Dirigée par l’ex-policier Jimmy « Barbecue » Chérizier, cette alliance a permis aux groupes armés de coordonner leurs actions et de déployer une force de frappe accrue, souligne l’analyse publiée par Crisis Group.

Selon ce rapport accessible sur le site de l’organisation, loin de réduire les violences, la coalition a intensifié les attaques contre les institutions publiques. Commissariats, prisons et infrastructures stratégiques ont été pris pour cibles, aggravant le chaos et provoquant des déplacements massifs de population. Des milliers de personnes ont été tuées et plus d’un million d’Haïtiens ont été contraints de fuir leur domicile, indique l’ONG.

Dans les zones sous leur contrôle, les gangs se sont substitués à l’État. Ils érigent des barrages, prélèvent des taxes informelles, régulent les déplacements et imposent leur loi par la violence. Cette « gouvernance criminelle », observe le rapport, prospère dans un contexte d’absence de services publics et de profonde méfiance envers les autorités.

La montée en puissance de Viv Ansanm s’est accompagnée d’un affaiblissement accru du pouvoir central. Début 2024, une offensive coordonnée des gangs a contribué à la démission du Premier ministre Ariel Henry et à l’aggravation du vide politique, rappelle l’analyse. Une mission multinationale de soutien à la sécurité, dirigée par le Kenya et appuyée par les Nations unies, a été déployée pour renforcer la Police nationale haïtienne, mais ses moyens restent insuffisants, selon l’International Crisis Group.

Pour l’organisation, qui détaille ses conclusions dans ce rapport publié en ligne, démanteler l’alliance des gangs est une condition indispensable à toute amélioration durable. L’unité stratégique de Viv Ansanm confère aux groupes armés une capacité opérationnelle qui dépasse celle de forces de sécurité affaiblies et sous-équipées.

Le document met en avant plusieurs facteurs structurels expliquant la résilience des gangs : pauvreté extrême, chômage massif, prolifération d’armes introduites illégalement et impunité quasi totale de nombreux chefs de gangs, en raison de la faiblesse du système judiciaire.

Les conséquences humanitaires sont lourdes, souligne encore le rapport publié sur le site de l’ONG. Les déplacements aggravent l’insécurité alimentaire, perturbent l’accès à l’éducation et exercent une pression accrue sur des services de santé déjà fragilisés. L’émergence de groupes d’autodéfense, parfois eux-mêmes responsables d’exactions, complique davantage le paysage sécuritaire.

Face à cette situation, l’International Crisis Group plaide, dans ce rapport mis en ligne, pour une approche globale combinant renforcement durable des institutions haïtiennes, opérations ciblées contre les réseaux criminels et investissements sociaux pour s’attaquer aux causes profondes de la violence. La relance d’un processus politique crédible, incluant un calendrier électoral, est jugée essentielle pour restaurer l’autorité de l’État.

« Tant que l’alliance des gangs ne sera pas brisée, Haïti restera prisonnière d’un cycle de violence et de fragmentation », conclut l’organisation dans ce rapport publié sur son site, appelant à une coordination accrue entre les autorités haïtiennes et la communauté internationale.