
«Personne ne devrait hésiter à chercher des soins essentiels ou vitaux par peur d’être détenu ou séparé de sa famille.» Maura Healey, Gouverneure du Massachusetts
Boston (Massachusetts), State House, 29 Janvier 2026 – PAR YVES CAJUSTE, InfoHaiti.net – La gouverneure du Massachusetts, Maura Healey, accompagnée de la lieutenante-gouverneure Kim Driscoll, a annoncé jeudi au State House une série de mesures législatives et réglementaires d’envergure visant à encadrer strictement les interventions de l’U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans les lieux dits « sensibles » et à protéger les résidents de l’État contre ce qu’elle qualifie d’« abus » de l’administration du président Donald Trump.
Présentée comme « l’initiative la plus complète du pas » en la matière, cette offensive de l’exécutif du Massachusetts s’articule autour de deux volets : le dépôt d’un vaste projet de loi devant la législature et la signature immédiate d’un décret exécutif encadrant l’action des agences de l’État face aux autorités fédérales de l’immigration.

S’exprimant devant de nombreux parlementaires dont la Présidente du Sénat (Karen E Spilka), de plusieurs membres de son Cabinet, de représentants des forces de l’ordre, de dirigeants religieux, de professionnels de la santé et de leaders communautaires, la gouverneure a justifié ces mesures par la nécessité de « protéger les résidents du Massachusetts » et de restaurer la confiance dans les institutions publiques.
« Ce qui se passe actuellement avec ICE, dans le Massachusetts, le Minneapolis et ailleurs, est injuste, ne nous rend pas plus sûrs et doit cesser », a déclaré Maura Healey, affirmant que les opérations fédérales menées ces derniers mois « instiguent, antagonisent et provoquent la violence dans les communautés ».
Interdire les arrestations sans mandat dans les lieux sensibles
Le texte législatif déposé par la gouverneure prévoit d’interdire les arrestations sans mandat judiciaire par des agents de l’immigration dans un large éventail de lieux : tribunaux, écoles primaires et secondaires, programmes de garde d’enfants, hôpitaux et centres de santé, établissements médico-sociaux, ainsi que lieux de culte.
Dans les tribunaux, a souligné la gouverneure, la présence d’ICE « crée confusion et chaos » et dissuade victimes et témoins de comparaître. « Des juges nous disent que des affaires sont abandonnées parce que des victimes ou des témoins ont peur de se présenter au tribunal », a-t-elle insisté. « Quand cela arrive, des personnes accusées de crimes violents ne sont pas poursuivies, et cela rend tout le monde moins en sécurité. »
Le projet de loi vise ainsi à garantir l’accès à la justice en interdisant les arrestations civiles sans mandat à l’intérieur des palais de justice, afin que « quiconque franchit leurs portes pour demander protection ou se défendre puisse le faire en toute sécurité ».

Écoles et garde d’enfants : enrayer la peur
La gouverneure a également mis en avant l’impact des opérations « d’ICE » sur le système éducatif. Selon elle, la révocation par l’administration Trump de la politique fédérale des « zones protégées » a entraîné une baisse marquée de la fréquentation scolaire dans plusieurs villes à forte population d’immigrés.
« La fréquentation scolaire a chuté de manière significative dans les communautés immigrées, avec des baisses record de plus de 5 % à Chelsea », a-t-elle déclaré, reliant directement ce phénomène à « Donald Trump et ICE ».
Le texte législatif interdirait l’entrée d’agents de l’immigration dans les écoles et les structures d’accueil de la petite enfance sans mandat judiciaire, tout en obligeant ces établissements à adopter des protocoles clairs, conformes aux directives de l’administration Healey-Driscoll et de la procureure générale Andrea campbell, sur la conduite à tenir face aux demandes d’ICE.
Protéger l’accès aux soins de santé

Les établissements de santé figurent également au cœur du dispositif. Des hôpitaux et centres médicaux de l’État ont signalé que des familles immigrées reportaient ou annulaient des rendez-vous médicaux par crainte d’une interpellation.
« Des femmes enceintes évitent les consultations, des parents ne conduisent plus leurs enfants chez le pédiatre, des patients renoncent à des soins pourtant urgents », a déploré Maura Healey. « Personne ne devrait hésiter à chercher des soins essentiels ou vitaux par peur d’être détenu ou séparé de sa famille. »
La législation interdirait ainsi à ICE l’accès aux zones non publiques des hôpitaux, des centres de santé communautaires, des maisons de retraite et des programmes de traitement des addictions sans mandat judiciaire, tout en imposant l’élaboration de lignes directrices internes pour le personnel.
Lieux de culte et liberté religieuse
Concernant les églises et autres lieux de culte, la gouverneure a dénoncé un climat de peur dissuadant certains fidèles d’assister aux offices. « À un moment où beaucoup se tournent vers la foi pour trouver réconfort et soutien, l’administration Trump fait obstacle à la liberté religieuse », a-t-elle affirmé.
Le projet de loi entend inscrire dans le droit de l’État du Massachusetts un privilège statutaire interdisant les arrestations dans les lieux de culte pendant les services religieux, afin de protéger le libre exercice de la religion garanti par le Premier amendement.

Encadrer toute intervention extérieure de la Garde nationale
Autre disposition notable : le texte rendrait illégal le déploiement dans le Massachusetts de forces relevant de la Garde nationale d’un autre État sans l’autorisation expresse de la gouverneure, commandante en chef de la Garde nationale du Massachusetts.
Maura Healey a critiqué les déploiements décidés par la Maison-Blanche dans certaines grandes villes américaines, les jugeant coûteux, inefficaces et déstabilisants. « Cela n’a rendu personne plus sûr », a-t-elle estimé, évoquant un « développement dangereux ».
Anticiper la séparation des familles
La législation proposée prévoit également un mécanisme permettant aux parents de désigner à l’avance un tuteur temporaire pour leurs enfants en cas de détention ou de déportation, sans perte de leurs droits parentaux.
« Je regrette même d’avoir à prononcer ces mots », a confié la gouverneure. « Mais nous avons vu trop d’enfants laissés seuls lorsque leurs parents sont arrêtés. C’est inacceptable. »
Un décret exécutif à effet immédiat
Parallèlement au projet de loi, Maura Healey a signé un décret exécutif interdisant à toute agence de l’exécutif de conclure de nouveaux accords dits 287(g) — qui autorisent une coopération accrue avec ICE — sauf en cas de besoin avéré et certifié de sécurité publique.
Le décret proscrit également les arrestations d’ICE dans les zones non publiques des bâtiments de l’État sans mandat judiciaire et interdit l’utilisation de propriétés de l’État comme bases logistiques ou zones de regroupement pour les opérations d’immigration.
Il charge enfin les secrétariats à l’Éducation ainsi qu’à la Santé et aux Services sociaux d’accompagner les institutions publiques et privées dans l’élaboration de protocoles adaptés face aux interventions d’ICE.
Le soutien appuyé du Sénat
Prenant la parole à la suite de la gouverneure, la présidente du Sénat du Massachusetts, Karen E. Spilka, a exprimé un soutien sans réserve à l’initiative de l’exécutif, évoquant des événements récents à travers le pays qu’elle a qualifiés de « révoltants ».
« Des familles sont déchirées sans mandat ni procédure régulière, des citoyens américains sont tués en pleine rue », a-t-elle déclaré, dénonçant des « actes d’intimidation » qui, selon elle, « ne relèvent en rien de la sécurité publique ».
La sénatrice démocrate du 2e district du Middlesex et du Norfolk a rappelé les mesures déjà adoptées par la chambre haute ces derniers mois, notamment le financement de la défense juridique des immigrés et le renforcement des protections en matière de données personnelles, et a promis un examen rapide et approfondi du projet de loi de la gouverneure.
« Le Sénat du Massachusetts se tient fermement à vos côtés », a-t-elle assuré, s’engageant à « renvoyer ces propositions sur votre bureau pour signature dans les plus brefs délais ».
« Le Massachusetts est le berceau de la démocratie américaine. Aujourd’hui, cette démocratie apparaît fragile. Nous ne permettrons pas qu’elle s’éteigne sous notre regard », a conclu Karen Spilka.
« Restaurer la confiance »
Pour Maura Healey, l’objectif central de ces mesures est clair : « Le Massachusetts est plus sûr lorsque les habitants peuvent faire confiance à leur gouvernement, lorsqu’ils vont signaler un crime ou demander des services. »
Se présentant comme une ancienne procureure générale attachée à l’État de droit, la gouverneure a affirmé soutenir la mission légitime de contrôle des frontières, tout en appelant le président Trump à « retirer ICE des communautés » tant que l’agence n’aura pas été réformée.
« Nous agissons par nécessité, pour honorer notre serment et défendre les libertés et protections qui font partie de l’histoire de ce pays depuis 250 ans », a-t-elle conclu, affirmant que le Massachusetts continuerait, « quoi qu’il arrive à Washington », à défendre la sécurité, la dignité et les droits de ses résidents.




