Brockton – 7 février 2026 – PAR YVES CAJUSTE, InfoHaïti.net – La présidente de l’Urban College of Boston, Dr Yves Salomon-Fernandez, était l’invitée de MCTV (Multicultural Television Network) cette semaine pour un entretien consacré à cette institution universitaire qu’elle dirige depuis quelques années, à l’éducation inclusive et aux progrès réalisés par la communauté haïtienne dans le Massachusetts. L’échange, hautement significatif, était conduit par Dr Lunine Pierre-Jérôme, l’une des premières enseignantes de Dr Salomon-Fernandez à Woodrow Wilson Middle School, dans les écoles publiques de Boston.
Arrivée d’Haïti à l’âge de 12 ans au début des années 1990, Dr Yves Salomon-Fernandez a indiqué avoir effectué ses premières années de scolarité aux États-Unis dans les écoles publiques de Boston, avant d’intégrer Boston Latin School, puis l’University of Massachusetts Boston.
Elle a ensuite poursuivi des études supérieures à la London School of Economics and Political Science, puis à l’University of Oxford (Angleterre), avant d’obtenir un doctorat en éducation à Boston College.
L’entretien a été marqué par un ton d’humilité, la présidente de l’Urban College attribuant son parcours autant à l’école publique qu’aux enseignants et aux institutions qui l’ont accompagnée. Elle a constamment replacé sa réussite dans une dynamique collective plutôt qu’individuelle.
« L’éducation est un processus qui dure toute la vie. Si l’on cesse d’apprendre, on se fragilise », a-t-elle déclaré, insistant sur la responsabilité des institutions académiques dans l’accompagnement des populations marginalisées, en particulier les immigrés et les adultes en reprise d’études.
Fondé pour répondre aux besoins de publics souvent exclus de l’enseignement supérieur traditionnel, l’Urban College accueille majoritairement des étudiants adultes, nombreux à cumuler travail, responsabilités familiales et contraintes économiques. L’établissement propose des formations en anglais, espagnol, portugais et chinois, ainsi que des modules en créole haïtien. « Nous rencontrons les étudiants là où ils sont, dans leur langue et dans leur réalité », a expliqué Dr Salomon-Fernandez, soulignant que l’objectif est de faciliter l’accès au diplôme tout en renforçant la maîtrise de l’anglais.
L’entretien a également permis de revenir sur le rôle déterminant des programmes bilingues dans les trajectoires de réussite. Revenant sur son propre parcours, Dr Yves Salomon-Fernández a rappelé l’importance des programmes d’éducation bilingue, largement remis en cause dans le Massachusetts au début des années 2000.
En effet, en 2002, un référendum a imposé l’enseignement quasi exclusif en anglais dans les écoles publiques, marginalisant pendant près de quinze ans les dispositifs bilingues au profit de l’English immersion. Une orientation aujourd’hui réévaluée : depuis 2017, l’État autorise de nouveau la mise en place de programmes bilingues et multilingues, à la lumière de travaux soulignant leur efficacité. « Les programmes d’éducation bilingue constituent un atout, non un frein à la réussite scolaire », a-t-elle souligné, estimant que ces dispositifs ont joué un rôle déterminant dans les trajectoires éducatives de nombreux élèves issus de l’immigration, dont ceux de la communauté haïtienne.
Dr Pierre-Jérôme, qui a fait l’essentiel de sa carrière dans les écoles publiques de Boston avant d’enseigner à l’université ces dernières années, a souligné la portée collective de cette trajectoire. Voir une ancienne élève accéder à la présidence d’une institution universitaire constitue, selon elle, « la preuve que l’investissement éducatif dans les écoles publiques peut produire des résultats durables ».
Au-delà des parcours individuels, l’échange a mis en lumière les avancées de la communauté haïtienne dans le Massachusetts, désormais plus visible dans l’enseignement, les secteurs professionels et la vie civique. De l’élève nouvellement arrivée, parfois confrontée aux préjugés, à la dirigeante universitaire, le chemin parcouru par Dr Salomon-Fernandez illustre une dynamique de progression sociale portée par l’éducation.
À la fin de l’entretien, la présidente de l’Urban College, Dr Salomon-Fernandez, a lancé un message clair aux jeunes et aux familles : « Le véritable investissement, c’est celui que l’on fait dans l’éducation. C’est ce capital-là qui ouvre les portes et protège l’avenir. »





