Thursday, June 20, 2024
HomeHAITICulturePortrait - Rutchelle Guillaume : de l’église, des chants sacrés à la musique...

Portrait – Rutchelle Guillaume : de l’église, des chants sacrés à la musique « mondaine », la traversée d’une grande étoile

Port-au-Prince – Chenald Augustin – InfoHaïti.net (Août 2020) – Elle est, sans conteste, la jeune artiste, la plus populaire, suivie par plus d’un million de personnes sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram qui s’enflamme aux vues et au partage des tubes de ses vidéo clips et de ses photos. En témoignent son nouveau titre « Rete la » – dont la vidéo lui donne une allure majestueuse de princesse – et son dernier spectacle diffusé sur la Toile. Cette star fait la une sur les réseaux sociaux.

Certains l’aiment, l’adorent. D’autres non ! Mais elle ne laisse personne indifférent. C’est ça une vedette. Par ses photos qu’elle publie sur Instagram, la nouvelle star de la musique haïtienneapparaît comme étant une mannequin posant pour de nouvelles collections dans des magazinesde mode les plus en vogue. En effet, elle ne fait pas que de la musique, mais elle investit aussi dans la mode : elle a une ligne de costumes de bain, de sacs à main et de boucles d’oreilles griffés RG collection.

Celle qui se partage la scène, qui chante avec les grandes voix de la musique rap, compas (Maître Gims, le chanteur guadeloupéen Anthony Drew et la formation Kaï) vient d’un autre horizon musical, voire spirituel. Celle, qui domine l’espace musical haïtien, traversant plusieurs tendances – de world musique au compas, en passant par le zouk « love » –, était l’une des étoiles dont était constellé le ciel évangélique baptiste. Comme la diva Emeline Michel, Maguy Jean-Louis, Suze Raymond, Renette Désir, notre Rutchelle « nationale » vient de l’Eglise baptiste. Terroir de beaucoup de jeunes chanteuses devenues plus tard de grandes voix de la musique. C’est comme si l’église, notamment baptiste, leur est un passage obligé. Oui, c’est comme s’il fallait passer par là pour peaufiner sa voix, pour apprendre les techniques vocales.

Oui, Rutchelle Guillaume, fille unique et benjamine de deux garçons d’une famille protestante baptiste et dont le père est pasteur et dirigeant d’église, vient de là. Elle commence à chanter depuis l’âge de cinq ans. Sans doute est-ce un don. Peut-être son âme fut-elle baignée demusique spirituelle, pour être née et pour avoir grandi dans une famille qui s’est vouée toute sa vie à Dieu.

C’est à l’église Boulard, à la rue Acacia, Christ-Roi, que celle qui allait dominer la scène musicale haïtienne, fait ses premières armes dans le chant sacré et populaire. Rutchelle Guillaume tient cette passion forte pour la musique de l’église avec laquelle elle continue de tisser, d’entretenir un lien très fort. Rutchelle est l’interprète des airs du Chant d’espérance. «Elle fut une excellente chanteuse. Elle fut l’enfant la plus remarquable, se distinguant par son timbre vocal, son gestuel, sa présence scénique et sa capacité d’apprentissage. Elle se différenciait des autres », se souvient, d’un air très fier, son père Sergo Guillaume.

Rutchelle gagne tous les concours de chants organisé par l’église Boulard. Un pasteur avait prédit que cette enfant allait devenir une grande star. Il ne manque de rappeler sa prophétie au père de la diva quand l’occasion s’y prête.

Cette ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de la rue de la Réunion (Rutchelle a entamé des études en philosophie qu’elle allait abandonner un an plus tard, peut-être pour embrasser la musique) n’interprète pas seulement des airs mélodieux et harmoniques du Chant d’espérance, mais elle élargit son horizon de chants aux thèmes engagés composés par le groupe Fille du royaume, sous la direction d’Erla Joseph.

Elle chante en effet pour son pays, évoquant sa souffrance, sa misère, son sous-développement et délivrance. « Elle était une enfant extraordinaire faisant ce que les autres ne pouvaient pas faire. Elle brillait dans tout. Je me souviens de son défilé remarquable le jour de mes noces. Elle était très élégante dans sa tenue africaine », se remémore Erla Joseph, son ancienne professeure de chants. « Elle avait d’autres qualités, révèle-t-elle. C’était quelqu’un de très sensible aux appels des autres, prête à aider, à voler au secours. Elle avait beaucoup d’humanité. »

La chanteuse du Chant d’espérance est attirée par d’autres expériences musicales. Elle chante dans Casemic, un groupe évangélique avec lequel elle remporte la finale de l’emblématique concours Chante Nwèl de Télé Max, sous la baguette du pasteur Ephésien Louis. Elle connait beaucoup de standards du gospel.
Son timbre vocal aigu la rapproche des chanteuses de « negro spiritual ». Quand elle chante,monte dans l’assistance une atmosphère de méditation, l’emportant dans la fièvre incantatoire et méditative de sa voix juvénile pleine de promesses, l’emplissant de joie, d’énergies spirituelles, nous raconte son père. Par sa voix, la petite Rutchelle, la fille de l’église Boulard, communie en effet les fidèles tant il y a de vibrations.

Son père, fervent chrétien, continue de prier pour sa fille chérie ; pour qu’elle revienne à sa source  – l’église, son alma mater – pour chanter pour ses frères et sœurs chrétiens qu’elle faisait vibrer d’émotions. Le souffle spirituel, le parfum incantatoire qu’invoquait la voix de Rutchelle Guillaume manque beaucoup à l’Eglise, notamment à celle de Boulard où une place lui est encore réservée, nous confie son père.
Text de Chenald Augustin
Août 2020

- Advertisment -

LES PLUS RECENTES