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Haïti, la Démocratie informelle

Port-au-Prince – Lundi 12 Juillet 2021 – Par Hérold Jean-François (PDG Radio Ibo) -Avec l’adoption de la Constitution du 29 mars 1987, le peuple haïtien a choisi de vivre en démocratie. La démocratie est un vieux système politique qui existe depuis la Grèce antique où le peuple transfère sa souveraineté à des élus qui siègent dans des institutions. Le Pouvoir Exécutif, le Pouvoir Législatif, le Pouvoir Judiciaire et un ensemble d’autres pouvoirs locaux comme les Mairies.

◦ En Haïti, depuis le 29 mars 1987, nous avons pris la mauvaise habitude de rendre dysfonctionnel, l’ensemble de ces pouvoirs pour privilégier des accords politiques à travers des consensus boiteux. Nous avons difficilement bouclé des cycles électoraux réguliers. Coups d’États, élections contestées, crises politiques, soulèvements populaires, constats de dysfonctionnement institutionnel, la gouvernance par décrets, et désormais l’assassinat de Président, miroir de la société haïtienne dite des baïonnettes qui nous renvoie à chaque fois à l’intervention étrangère pour arbitrer nos interminables conflits…

◦ L’assassinat de Jovenel Moïse met à nu toutes les lacunes du système politique haïtien que nous avons choisi de déstructurer. Cet événement tragique nous montre comment la République d’Haïti est une entité débile. La destruction de toutes les institutions démocratiques par le Président victime nous met une fois de plus devant une réalité d’un vide pour lequel la Constitution n’a pas de provision et qui nous renvoie à nos combines habituelles sur fond d’ambitions personnelles.

◦ Une fois de trop, nous attendons le diktat de l’étranger pour trouver la formule de gouvernance politique pour la continuité de l’État.

◦ Il parait que la logique de l’urgence d’une concertation nationale pour mettre ensemble les meilleures bonnes volontés capables de prendre les bonnes décisions qui favorisent une mise en commun au profit de choix rationnels pour la mise de notre pays sur une nouvelle voie, échappe aux acteurs qui, cette fois-ci aussi privilégient leur ego et leur projet personnel au détriment de l’intérêt national.

◦ Pendant la transition démocratique, les errements des leaders qui n’étaient pas à la hauteur de la mission historique de changer l’État; l’introduction dans l’espace de pouvoir de gens inaptes à diriger ont abouti au démantèlement de l’État par la rapacité des uns et des autres, l’appétit vorace de charognards qui se sont acharnés à dépecer la dépouille de l’État. Il en est résulté cette situation d’un État en déliquescence où les bandits, alliés des tenants du pouvoir ont imposé leur loi à une République liquéfiée où personne n’a plus aucune garantie. Kidnappings en séries, massacres et déplacement de populations sous les yeux d’institutions cooptées et rendues inutiles.

◦ Le résultat est là. Ceux qui ont livré l’État à la furie des gangs deviennent les principales victimes de ces bandits affranchis dont les alliés et anciens ordonnateurs ont perdu le contrôle.
◦ En Haïti, revenir à l’État de droit va coûter cher. Comment allons-nous sortir de ce piège de centaines de milliers d’armes et de millions de balles et munitions en circulation? Qui va maîtriser ces gangs et recréer un environnement stable et sécuritaire?

◦ Qui va assumer cette indispensable transition de rupture avec des préoccupations nationales pour apporter les solutions et trouver les bonnes réponses à la crise institutionnelle, la crise sécuritaire, la crise alimentaire, la crise d’assainissement, la crise environnementale et remettre l’État sur ses pieds, sur des assises solides pour redonner confiance aux citoyennes et aux citoyens ébranlés dans leur conviction que l’État restauré, revigoré, ressuscité a les réponses à leurs multiples problèmes du quotidien?

◦ Va-t-on réussir pendant cette nouvelle transition à signer des pactes qui assurent la solidité de la nouvelle expérience d’un pays assis sur de solides institutions? Verra-t-on l’émergence de nouvelles élites imbues de leur responsabilité? Identifierons-nous rapidement de nouveaux capitaines d’industries qui aient la garantie que de l’espace de pouvoir ne partira plus l’ordre de pillage et d’incendie de leurs installations? Aurons-nous désormais au pouvoir, des gens parmi les plus préparés qui ne se perdront plus dans des discours de gens complexés, des bagarreurs menaçants? Pourrons-nous avoir la garantie d’avoir au pouvoir des décideurs conciliants qui donnent au capital la garantie de croissance dans un environnement stable au profit du développement et du progrès économique et social. Sortirons-nous du cercle d’improvisateurs sans vision ni programme pour aider Haïti à réduire ses multiples retards et devenir par l’investissement dans tous les domaines, un pays compétitif?

◦ Après cette amère expérience de ce que Bernard Gousse a qualifié de désert institutionnel, ferons-nous en sorte que les élections s’organisent enfin en Haïti selon les termes prévus et non suivant les caprices de Présidents irresponsables et autoritaires? Mettrons-nous les balises pour que la continuité de l’État, le cas échéant, soit automatique, garantie par des mécanismes institutionnels?

Avons-nous en Haïti aujourd’hui des femmes et des hommes dans l’élite politique et dans la société civile capables de dépassement de soi, pour comprendre dans ces circonstances où l’État est entré en coma, que ce qui se joue en ces moments ce n’est pas l’opportunité d’une expérience de pouvoir à inscrire sur son CV ni sur son profil des réseaux sociaux, mais plutôt un pays à l’image écorné, décrié sur la scène internationale, un pays qui leur a tout donné et envers lequel, par devoir et reconnaissance filiale, ils elles ont le devoir de relever, en mettant ses intérêts au-dessus de tous les ego?

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