Wednesday, July 24, 2024
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Culture/Nécrologie : Décès de NICOLE SAINT-VICTOR, la chanteuse à la VOIX d’OR

Le monde culturel haïtien a appris le décès de la soprano nationale Nicole Saint-Victor, survenu le 21 janvier 2023. L’icône de la musique classique haïtienne avait enchanté de nombreux mélomanes par sa voix grâce à ses prestations mémorables avec l’Orchestre Sainte Trinité .

SON PORTRAIT  REALISE PAR NOTRE SECTION CULTURELLE EN HAITI EN SEPTEMBRE 2020

Nicole St-Victor, la passeuse de la passion de la musique savante

Nicole St-Victor est celle dont on ose dire qu’elle porte la musique, le chant en elle depuis sa tendre enfance. Cette octogénaire, qui n’a pas d’enfant (sinon ses élèves) et qui ne s’est jamais mariée, fait son vœu de fidélité à la musique, au chant, à l’opéra dont elle ne s’est jamais séparée depuis qu’elle les a embrassés.

« J’avais 14 ans quand je chantais pour la première fois devant un public lors de la fête de fin d’année. C’était à l’Institution du Sacré Cœur. J’interprétais un chant sur les fleurs. » « Je suis issue d’une famille où mes tantes du côté maternel savent chanter. Simone Montas, Georgette Duplessy, elles m’ont appris la passion pour la musique », nous raconte-elle
Cette passion contagieuse qu’elle porte dans son âme, dans son sang, la soprano nationale la partage depuis plus de 42 ans à plusieurs générations.

D’abord à travers ses innombrables récitals, concerts collectifs où elle interprète les grands maîtres de l’opéra et de la musique classique. Ensuite, comme animatrice de musique savante à Radio nationale d’Haïti qu’elle quittera vers 1997, après 20 années de bons et loyaux services. Puis comme enseignante à l’Ecole de musique Saint Trinité.

Cet établissement scolaire, qui l’accueille depuis 1978, elle ne le quitte jamais du haut de ses 83 ans. Depuis ces décennies, elle passe presque tout son temps à cette école. Mis à part l’Ecole de musique Saint Trinité, Nicole St-Victor avait enseigné le chant, des cours sur l’appréciation musicale et l’histoire de l’art à l’Institut d’études et de recherches africaines (IERA), au lycée Alexandre Dumas. Elle donne des cours particuliers à Sainte Trinité dont elle est, depuis quelques années, la directrice pédagogique.

D’où lui vient cette passion pour l’enseignement ? Elle nous dit vouloir toujours donner « ce qu’elle a reçu » : des lectures (car elle lit beaucoup), de ses professeurs qui l’ont marquée, de ses voyages et son long parcours de soprano. Mais il y a aussi et surtout un devoir de former « cette jeunesse qui a beaucoup à apprendre, qui a une soif de savoir ».

« C’est une merveille, un cadeau du ciel !»
Nicole St-Victor éprouve aujourd’hui une profonde joie, une grande fierté de sa part de don à plusieurs générations de chanteurs et d’élèves dont elle peine, comme beaucoup d’enseignants, à se souvenir. Toutefois, il y en a qui l’habitent, comme Valérie Brutus Nérette, Wenston Delice, Richard Gay, Anne Ludia Louigène, Ricardo Mathieu.

Qu’est-ce que ses élèves trouvent en cette professeure-cantatrice ? Nicole St-Victor a en effet cette particularité. D’aucuns conviennent de sa grande discipline, de sa rigueur. Pour Anne Ludia Louigène, « c’est un modèle d’enseignant qui vous transmet sa passion, vous aide à vous perfectionner ». « Elle incarne la rigueur envers soi-même. Elle est très méticuleuse. Elle vous porte à vous perfectionner. Elle ne cherche pas à vous imposer ses propres goûts. Au contraire, elle vous aide à innover. Elle est très ouverte », confie son ancienne élève Valérie Brutus Nérette.

Un message à faire passer

Si, de l’avis de Wenston Delice, Nicole St-Victor entre dans la personnalité de chaque chanteur-élève pour savoir ce qu’il cherche, sent, veut, c’est qu’elle veut vous inculquer toute sa culture musicale, les techniques vocales. « C’est une merveille, un cadeau du ciel !», s’exclame-t-il.

La soprano nationale ne jure de s’arrêter que le jour où son dernier souffle s’éteindra. « Pour le moment, je dois passer le message. J’en ai beaucoup à faire passer. La musique me procure un bien-être exceptionnel. Je ne me conçois pas sans musique. »

Nicole Saint Victor est née le 2 janvier 1937. Elle a suivi ses premiers cours de chant chez Elisabeth Mahy, cette professeure de chant qui avait pour élèves des enfants à l’époque, comme Ansy Dérose, Pierre Blain, Paulette Saint-Lot. Elle suivra par la suite des cours de solfège avec la grande pianiste Carmen Brouard, la sœur de Carl Brouard, célèbre poète et l’un des chefs de file du mouvement Indigénisme.

Nicole St-Victor donne des récitals un peu partout dans les grands centres culturels et cercles mondains de Port-au-Prince, chantant Verdi, Puccini, des grands maîtres de l’opéra. Elle est adulée par les publics de l’Institut français d’Haïti, du Rex Théâtre, de Paramount qui voient en elle un certain génie, la nouvelle étoile de l’opéra. A la suite d’un récital auquel il participe l’ambassadeur de France Charles Le Génissel, très ému par la performance de la talentueuse jeune chanteuse, décide qu’on « doit accorder une bourse à cette jeune fille ».

Ainsi, en 1964 Nicole St-Victor dépose ses valises au Conservatoire de Paris après que « j’ai subi les examens du concours d’admission que j’ai réussis. Je me réjouis d’avoir d’illustres professeurs comme Norbert Dufour, Irène Joachim. Après 4 ans d’études au conservatoire de Paris, Nicole Saint Victor part pour l’Italie, pour se perfectionner à l’Académie Sainte-Cécile de Rome.

Son séjour italien va durer huit ans au cours desquels la soprano va se produire en concert, créer pour la première fois l’opéra « Farinella » de Buzzy pour des cours de perfectionnement.

« J’y suis restée huit ans. Je faisais partie d’un trio là-bas. » Elle profite de son séjour à Rome pour parcourir l’Italie, travailler à la discothèque du conservatoire de Rome où elle donne des récitals. Ce qui lui permettra plus tard de gagner un peu sa vie. C’est là qu’elle va apprendre les archives. Ce qui lui permettra de travailler à la discothèque de la Radio nationale d’Haïti à son retour au pays natal en 1977. Nicole St-Victor anime dans cette station plusieurs émissions musicales, sur la musique classique, l’initiation des auditeurs à cette musique savante. Elle reste 20 ans à Radio nationale.

En février 1980, Nicole St-Victor joue le rôle de servante dans « La serva padrona », à l’Institut français d’Haïti. Elle aime les airs religieux. Cette catholique romaine, qui se réclame d’un certain œcuménisme, tourne le récital « Ave Maria » dans plusieurs églises et chapelles de Port-au-Prince et de Pétion-Ville. Elle en fait même une sorte de festival.

Nicole St-Victor chante les airs des grands classiques haïtiens : Ludovic Lamothe, Justin Elie, Werner Jaegerhuber, Eddy Willy, Franz Casséus. Elle interprète les compositions de son ancienne professeure de solfège Carmen Brouard, dont le poème « Prières » de son frère Carl Brouard. Elle lui rendra hommage, le jour de ses funérailles à la chapelle Sainte Thérèse.

En 2002, elle publie son album « Nicole St-Victor, la soprano », un recueil de mélodies d’auteurs haïtiens, allemands, italiens, de Verdi à Puccini en passant par Justin Élie, l’haïtiano-allemand Werner Jaegerhuber. Elle participe à la réalisation de plusieurs albums, comme le CD marquant le centenaire de naissance de Jaegerhuber et celui de « Bicentenaire », consacré à la commémoration de nos deux cents ans d’indépendance. Elle y interprète des airs d’opéra et des mélodies, compositions des plus célèbres auteurs haïtiens.

CHENALD AUGUSTIN

 

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