Wednesday, June 19, 2024
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Après la mort de Jacques Delors, des hommages unanimes au sein du monde politique

Paris – France – (Source : LE MONDE) – A gauche comme à droite, les réactions se sont multipliées pour saluer l’engagement européen de l’ancien président de la Commission, mort mercredi à l’âge de 98 ans.
Dans une rare unanimité, l’ensemble de la classe politique a rendu un éloquent hommage, mercredi 27 décembre, au « bâtisseur » de l’Europe que fut Jacques Delors, mort le jour même à l’âge de 98 ans.

Le président de la République, Emmanuel Macron, a salué l’« inépuisable artisan de notre Europe », dont l’« engagement », l’« idéal » et la « droiture nous inspireront toujours ». « Toute sa vie a été mise au service de la paix et de la solidarité européenne », a souligné la première ministre, Elisabeth Borne.

Le chancelier allemand, Olaf Scholz, campe un « visionnaire », qui a « défendu l’intégration européenne comme aucun autre », « architecte de l’Union européenne telle que nous la connaissons aujourd’hui ». « L’œuvre de sa vie est une Union européenne unie, dynamique et prospère. Elle a façonné des générations entières d’Européens, dont la mienne », appuie Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. Tandis que Charles Michel, président du Conseil européen, s’incline devant un « grand Français et grand Européen », « entré dans l’histoire comme l’un des bâtisseurs de notre Europe ».

Pour Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, Jacques Delors fut l’« incarnation de l’Europe » et « un grand homme d’Etat ». « La vision du monde qui était la sienne et la qualité de ses engagements, centrés autour d’une certaine idée de l’Europe et d’une société de dialogue et de confiance, d’une économie qui n’oubliait pas le social, lui donnaient une place et une autorité uniques », loue le président du MoDem, François Bayrou.

« Il ne courait pas après les places et les mandats »
Parmi les innombrables réactions à cette disparition, ses anciens camarades socialistes s’inclinent devant celui qui a préféré un destin européen à la présidence de la République. « Il cherchait une voie pour la social-démocratie, il ne courait pas après les places et les mandats, il ne les briguait que s’il était sûr de pouvoir trouver les forces et les alliances lui permettant de réussir. Ce fut le sens de son renoncement à se présenter à l’élection présidentielle de 1995 », commente l’ancien président socialiste François Hollande.

La mort de Jacques Delors, un grand d’Europe
Le socialiste, mort à 98 ans, a incarné l’âge d’or de la Commission européenne et la construction de l’union monétaire. Mais l’histoire retiendra aussi son rendez-vous manqué avec les Français en 1995, lorsqu’il renonce à se présenter à la présidentielle.

Jacques Delors, mort mercredi 27 décembre à 98 ans, était un authentique socialiste, révolté par les injustices, désireux de changer le cours des choses. L’histoire retiendra cependant qu’il fut l’un de ces grands chrétiens démocrates qui ont fait l’Europe. C’est tout son paradoxe. Nommé en 1985 à la tête de la Commission des communautés européennes, l’autodidacte boulimique, passé par le syndicalisme chrétien, a incarné l’âge d’or de la Commission en construisant, aux côtés de François Mitterrand et d’Helmut Kohl, le chemin vers l’euro.

Mais en France, il est l’homme de la rigueur, le « Jérémie plaintif » que moquait Raymond Barre, l’indécis qui laissa le désir monter pour finalement renoncer à se présenter à l’élection présidentielle de 1995. Ce rendez-vous manqué avec les Français l’a torturé. « Soit je mentais au pays, soit je mentais aux socialistes », expliquait-il sans relâche, en pointant le fossé entre son projet très deuxième gauche et le discours quasi révolutionnaire du premier secrétaire socialiste de l’époque, Henri Emmanuelli. Mais dix ans avant sa mort, il confiait au Monde : « Parfois, oui, je regrette de ne pas avoir osé, j’ai peut-être eu tort. »

Des combats perdus et des occasions manquées
La confession s’était déroulée en juin 2013, rue de Milan à Paris, dans les locaux de Notre Europe, l’association que le chancelier allemand et le chef du gouvernement espagnol Felipe Gonzalez l’avaient incité à créer à son départ de Bruxelles, en janvier 1995, « alors que Jospin n’avait pas fait un geste pour m’aider ». Delors tel qu’en lui-même : heureux et malheureux, la voix un peu chevrotante, la démarche rendue difficile par plusieurs attaques de sciatique, mais les yeux d’un bleu lumineux qui éclairaient tout le visage.

 

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