Sunday, May 19, 2024
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Funérailles Nationale de l’ancien Président provisoire Me Boniface Alexandre : “Il est de ce calibre d’homme d’une certaine époque, qu’hélas nous trouvons de moins en moins dans notre société” Premier Ministre (de facto) Ariel Henry

Port-au-Prince – Les funérailles nationales de Me Boniface Alexandre, Président provisoire d’Haïti (Février 2004-Mai 2006) ont été chantées ce matin dans les locaux de la Cour de Casstion à Port-au-Prince en présence du Premier Ministre Ariel Henry et de son Gouvernement, des magistrats de la Cour de Cassation et de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, des membres du Haut Conseil de la Transition, de plusieurs représentants des corps Diplomatique et consulaire, de la société civile dont de nombreux membres du Barreau de Port-au-Prince.

Trois jours de deuil national (samedi 12, dimanche 13 et lundi 14 Août) avaient été décrétés par le gouvernement haïtien à l’occasion du décès de Me Moniface Alexandre survenu en sa résidence le 4 Août dernier.

Nous presons plaisir à publier dans son intégralité le discours prononcé ce matin par le Premier Ministre (de facto) Ariel Henry aux funérailles de l’ancien Président provisoire Me Boniface Alexandre

DISCOURS DU PREMIER MINISTRE ARIEL HENRY

Nous sommes réunis ici pour célébrer la vie et les contributions à la Nation d’un homme remarquable qui, par son grand savoir, par son sens de l’Etat et du service public, par sa passion pour le droit et la justice, a marqué son époque.

Un homme simple, discret, trop discret peut-être, mais dont la forte personnalité et le comportement exemplaire devraient servir de modèle pour ses compatriotes, jeunes et moins jeunes, qui auraient gagné à mieux le connaitre et à l’apprécier.

Le Président Boniface Alexandre était l’archétype du Vir Bonus, un véritable homme de bien qui respecte le droit et jouit d’une bonne réputation. Il est de ce calibre d’homme d’une certaine époque, qu’hélas nous trouvons de moins en moins dans notre société.

Depuis son décès, j’ai entendu les femmes et les hommes de loi dire tout le bien qu’ils pensaient de cet homme vertueux et respectable. Les nombreuses générations de femmes et d’hommes qu’il a formées et guidées dans les subtilités du droit civil et dans les arcanes de la procédure civile, ont parlé mieux que je ne saurais le faire, du Professeur Alexandre. Ils ont en maintes occasions, exprimé leur gratitude à son endroit, pour leur avoir fait profiter de sa maitrise des questions juridiques. Ils ont témoigné avec éloquence de ce qu’ils ont tiré de ses enseignements.

Le Professeur Boniface Alexandre ne s’est pas contenté d’enseigner le droit. Il l’a appliqué aussi bien en tant qu’avocat, tout comme en tant que juge. Le choix de ce lieu, le palais de la Cour de Cassation, pour célébrer les funérailles de ce magistrat de carrière qui a occupé la plus haute fonction dans la magistrature de notre pays, est des plus judicieux. C’est une manière pour ceux qui lui ont succédé dans les fonctions de magistrat de notre Cour Suprême, de signifier à tous, leur respect pour ce grand serviteur de la loi, ce magistrat impartial et intègre.

Quand, à une phase délicate et difficile de notre histoire, par un concours de circonstance, il a été appelé à assumer les fonctions de Chef de l’État, homme de devoir, il a répondu présent, tout en sachant que ce ne serait pas une partie de plaisir. C’est dans ce contexte qu’en tant que membre du Conseil des Sages, j’ai eu le privilège de commencer à côtoyer le Président Boniface Alexandre.

J’imagine que passer du jour au lendemain de la fonction de Président de la Cour de Cassation à celui de Président de la République, n’a pas été pour lui une chose aisée. Pourtant,l’homme respectueux des lois et de la Constitution, et le démocrate convaincu qu’il était n’a eu aucune difficulté à endosser ces nouvelles responsabilités.

Sa solide formation juridique, son expérience de magistrat de la Cour Suprême, chargé de veiller à la constitutionalité des lois et dire le droit en dernier ressort, l’ont certainement aidé dans sa lecture des rapports qui devaient exister entre un Président de la République et son Premier ministre qui, avec son gouvernement, a la tâche de conduire la politique de la Nation.

J’ai été témoin de la franche collaboration et du respect mutuel qui ont caractérisé les relations entre le Président Boniface Alexandre et son Premier ministre Gérard Latortue.

Cette collaboration qui a été un modèle du genre avait, malgré certaines faiblesses, apporté la preuve que notre régime politique pouvait fonctionner. Malheureusement, ces deux hommes nous ont quittés cette année.

Durant son mandat, le président Alexandre qui est un modèle de rectitude, d’humilité et d’empathie, a œuvré pour bâtir un consensus national autour des défis majeurs auxquels nous faisions face en tant que nation. Il a consacré son passage en politique, à la promotion de la paix et à la consolidation des institutions démocratiques. En tant que Président de la République, il a toujours fait preuve de sagesse et de pragmatisme dans la recherche de solution pour apaiser les tensions politiques et sociales, tout en faisant face, avec courage et détermination, aux énormes défis de l’époque.

En tant que membre du Conseil des sages, j’ai eu le privilège de travailler aux côtés du président Boniface Alexandre et de bénéficier de sa sagesse, ainsi que de ses conseils avisés. J’ai toujours admiré sa capacité remarquable à s’élever au-dessus des clivages politiques et à rassembler les différentes parties prenantes, chose qui, comme aujourd’hui n’était pas chose facile.

Il avait un souci constant, celui de réconcilier la famillehaïtienne, de restaurer dans la plénitude de leur fonction nos institutions démocratiques en organisant des élections libres, transparentes et inclusives, ce que son administration a réussi à faire dans de bonnes conditions.

Défenseur de la démocratie et de l’Etat de droit, Président de la Cour de Cassation et professeur de droit, il a laissé son empreinte indélébile dans l’histoire de notre système judiciaire. Sur la base des dispositions de l’Accord du 4 avril 2004, sa présidence a été marquée par une œuvrenormative considérable. Il a ainsi contribué à la modernisation du droit positif haïtien. De nombreux décrets, plus d’une soixantaine, ont été promulgués sur tous les aspects de la vie publique et continuent aujourd’hui encore à servir.

Qui se souvient que c’est sous l’Administration Alexandre/Latortue que l’on a initié les réformes sur la passation des marchés publics et que la CNMP Commission Nationale des Marchés Publics a été constituée en vue d’assurer la transparence dans la commande publique ? Que l’Unité de Lutte Contre la Corruption a été créée en vue de moraliser la vie publique ? Que Le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire a vu le jour pour garantir l’indépendance de la justice.

Je ne vais pas tous les citer, mais ces quelques exemples suffisent à démontrer que l’homme à qui nous disons au revoiraujourd’hui, avait une ambition pour notre pays et a voulu dans son domaine de prédilection qu’est le droit, introduirenotre système dans la modernité.

La nation se doit aujourd’hui de manifester sareconnaissance à ce lutteur infatigable qui n’a jamais dit non quand le devoir l’appelait. En effet après avoir laissé le Palais national le 14 mai 2006, il a souhaité prendre une retraite bien méritée. Mais ce grand serviteur de l’État n’a pas hésité à reprendre du service, quand il a été appelé à présider l’équipe d’experts chargés de produire un nouveau Projet de Constitution.

Il est venu personnellement remettre au gouvernement le texte final du projet. Ce document a été transmis au Haut Conseil de la Transition qui devra très bientôt relancer un débat national sur les changements que nous voulons apporter à notre Constitution.

C’est avec le cœur lourd que nous voyons partir cet homme qui a consacré sa vie au service de son pays. Il l’a faitavec honneur, dignité et intégrité. Grâce à sa détermination, à sa vision, à son dévouement à la cause du peuple haïtien, il a contribué à la restauration de la stabilité politique et de l’ordre constitutionnel dans notre pays.

Cependant je le savais préoccupé par la situation qui prévaut actuellement en Haïti. Malheureusement, il nous a quitté sans avoir vu ce réveil citoyen indispensable en vue deremettre la démocratie sur les rails, lui qui encourageait inlassablement les différents secteurs de la vie nationale àfaire montre de dépassement de soi pour parvenir à l’unification de notre pays polarisé à l’extrême.

Je suis certain qu’il aurait aimé voir le pays s’engager sur le chemin qui conduit à la réconciliation et la stabilité. Sa sagesse et sa capacité à réconcilier les divergences avaient permis de rassembler les Haïtiens autour d’un objectif commun : Haïti. Il nous incombe aujourd’hui de suivre son exemple, parce qu’Haïti en a besoin plus que jamais pour repartir sur de nouvelles bases.

Aujourd’hui, nous devons nous souvenir de l’héritage qu’il laisse derrière lui : un héritage de courage, d’intégrité, et de foidans l’avenir de notre patrie commune. Puisse le parcours exemplaire du cultivateur de Ganthier, de l’avocat, du professeur de droit, du Président de la Cour de Cassation que fut Maître Boniface Alexandre, constituer pour chacun de nous une source permanente d’inspiration.

En ce moment de deuil, permettez-moi de présenter en mon nom personnel, au nom du gouvernement et au nom du peuple haïtien nos plus sincères condoléances à la famille éplorée, à toutes celles et à tous ceux qui ont eu le privilège de le côtoyer et de travailler avec lui, ainsi qu’à tous les compatriotes que cette perte afflige.

Au revoir, Président Boniface Alexandre, et merci pour ce que vous avez fait pour Haïti.

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