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Enlevé en Haïti, le Père Michel confie: “J’ai parlé de Gandhi à mes ravisseurs”

Paris (France) – Lundi 3 Mai, 2021 – Par Nicolas Delesalle – EXCLUSIF du Magazine Paris Match !
Paris Match a rencontré en exclusivité le père Michel. Enlevé début avril avec neuf autres personnes près de Port-au-Prince, en Haïti, le missionnaire breton a été libéré le 30 avril dernier.

A Port-au-Prince, on compte une dizaine d’enlèvements tous les jours. Les gangs pullulent. L’insécurité touche tout le monde, riches, pauvres, laïcs, religieux. Les dimanches, les rues sont vides et les risques de kidnappings beaucoup plus élevés qu’en semaine pour ceux qui s’y aventurent. Les proies ne peuvent plus se dissimuler dans la foule.

Il faut rouler à moto et à tombeaux ouverts pour retrouver le Père Michel Briand, 67 ans, missionnaire de la Société des prêtres de Saint-Jacques, libéré vendredi avec la religieuse française Agnès Bordeau et quatre autres pères haïtiens après 20 jours de captivité aux mains du gang des 400 Mawozo. Ce breton natif de Rennes vit depuis 36 ans en Haïti. Il nous accueille avec un sourire doux dans une cour, près d’un flamboyant en fleurs. Il vient de sortir de l’hôpital après une visite de contrôle. « Tout va bien. Je manque juste de vitamine B9 et B12 ». Silhouette longiligne, visage émacié (il a perdu 6 kilos pendant sa captivité), barbe et cheveux longs, jeans, sandales et sac-banane autour des hanches, il raconte sa mésaventure d’une voix égale, précise. Chaque détail compte.

Le 11 avril dernier, à 7h30 du matin, le père Michel accompagne un jeune prêtre qui vient d’être nommé à la tête d’une paroisse dans l’est du pays, près de la frontière avec la République Dominicaine. Dans un Land Cruiser ont pris place le nouveau prêtre, sa sœur, sa mère, son parrain et cinq religieux dont Michel et Agnès, tous venus pour l’épauler. Soudain, près de la commune de Ganthier, une camionnette devant eux roule en marche arrière à toute vitesse. « Il est dingue celui-là », crie le père Evans au volant du Land Cruiser. « On n’a pas compris ce que cela signifiait », commente le père Michel. Quelques secondes plus tard, une vingtaine d’hommes armés bloquent la route. Le Land Cruiser se fige dans cette toile d’araignée, tout comme une dizaine d’autres véhicules déjà tombés dans le piège. « Si vous avez des armes, donnez-les ! », hurlent les hommes en brandissant leurs pétoires avant de monter sur les marches-pieds des 4×4 en menaçant les conducteurs et en les guidant vers un chemin de boue. La voiture du père Michel s’embourbe, les roues patinent. Les ravisseurs s’énervent, accusent le chauffeur de faire exprès de ralentir la colonne. « Si dans une minute, tu ne sors pas de là, tu es à terre », lâche un homme. « Les jambes de notre conducteur tremblaient. Heureusement, une camionnette derrière nous a poussé le Land Cruiser. » Plus tard, les kidnappeurs font descendre tous les Haïtiens de leurs véhicules. Le chef du gang ouvre une mallette : « Donnez tout, téléphone, argent, ne laissez rien de côté ! » Les gangsters dévalisent leurs proies puis les laissent s’enfuir.

Ils ont voulu déchirer nos étoles
Les religieux, eux, patientent sans savoir ce qui les attend : « On était sidérés, on ne se disait rien, raconte le père Michel. Et puis le chef du gang a pris l’un d’entre nous à part pour lui parler. Il ne savait pas qui nous étions. « Père », ça ne lui disait pas grand-chose. Comme il y avait deux blancs dans la voiture, il a dû se dire qu’il y avait quelque chose à faire. » Le patron des gangsters prend le volant. Sort du chemin de boue et s’enfonce dans une forêt d’épineux. Les épines griffent la carrosserie dans un bruit strident. « C’était comme les épines sur le crâne du Christ », souffle le père Michel. « Je vais bientôt vous mettre à l’aise », grommelle le chef du gang. Il téléphone à quelqu’un. « C’est là je pense qu’ils ont décidé de nous garder. »

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