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Vendredi 1er Septembre 2006

Les volleyeurs haïtiens au tournoi de Barbade

Par Patrice Dumont

Les volleyeurs haïtiens qui ont été vivre leur passion à la Barbade ( les filles 3e, les garçons 6e sur huit) ont renoué avec une bonne habitude que le Colonel retraité Jacques Joachim, au titre de président de la fédération, avait élevée au niveau d’un culte durant les années soixante-dix. Le petit frère, Guy, depuis cinq ans héritier de la couronne, marche enfin sur les traces de l’aîné qui baladait donc ses chouchous de volleyeurs et volleyeuses aux quatre coins du monde. Les voyages formant la jeunesse, ils s’en réjouissaient, encore que quelques fois, avec raison, certains y voyaient une espèce de « croisière qui s’amuse ».

Volleyball_Haiti_archivesLa valeur sportive du tournoi de Barbade importe peu quand on considère les problèmes qui oxydent les coins et recoins des sports de balle haïtiens, à l’exception dans une certaine mesure, du football. En cette occurrence, ces filles et ces garçons ont sans nul doute fait préparer avec empressement leurs documents de voyage. Au programme : plaisirs des aéroports, l’envol et l’atterrissage toujours surprenants de l’avion, cadeaux-souvenirs, découverte d’une autre culture et surtout le défi sportif.

Le volley-ball est une petite famille qui n’offre à ses pratiquants que le plaisir sportif et une garantie sur la santé. L’ivresse de la starisation y est peu connue et, ce serait faire offense au bénévolat que d’y parler argent. Aucun mérite ne revient à personne dans le fait d’aimer mais il y a du sublime à découvrir dans ce geste simple de l’étudiant/e qui ramasse tout son bataclan avant la fin du cours pour arriver à l’heure, haletant, sur les lieux de l’entraînement, joue son match un samedi après-midi ou un dimanche matin en présence d’une poignée de spectateurs, rentre tard chez lui avec la certitude que ni son père ni sa mère, personne, ne s’enquerront du sort de son match, gagné pourtant avec panache ou perdu avec courage. Il se couchera tard, ratera une kermesse, espérant se reprendre sur les cours séchés en compagnie d’amis bienveillants. Il vit sa passion et sert son sport.

Le voyage de Barbade était d’autant plus méritant qu’il était précédé du tournoi national annuel tenu à Ouanaminthe, assez loin du « confort » de la ruelle Romain. La croisière ne s’amusait donc pas. Gérald Bordes y a été l’envoyé spécial de Le Matin. Ses reportages laissent croire que l’arbuste bourgeonne. Aux Cayes, Léogâne, Cap-Haïtien, surtout Petit-Goâve, les amoureux de la balle volante sont assez actifs. La mairie léoganaise fait construire actuellement un espace de jeu volley-basket sur la place jouxtant la mythique école Louis Borno des Frères de l’instruction chrétienne. Gageons que ses moments de repos ne seront pas longs. Et, à longueur de journée, les Petits-Goâviens chantent, même à ceux qui ne veulent pas l’entendre, qu’ils sont le bastion du volley. Peut-être devraient-ils préciser du volley de province. En attendant, les Artilleurs du Cap sont les championnes nationales et Volley 2000, champions nationaux. Car, à Port-au-Prince, l’anc…-pardon!- l’ex Tigresse internationale, joueuse aussi féline que la mammifère à laquelle son club doit son nom, aujourd’hui membre du COH et non moins active dirigeante de volley-ball, fignole un plan de développement des Tigresses qui témoigne au moins de la vitalité de la foi dans le devenir de ce sport et devrait rendre prudents les rivaux.

Le révérend père Jean Hoët fait du club Banzaï son second champ sacerdotal. Il y a dans ce club, tout à la fois de la fierté et de l’humilité des grands bâtisseurs de l’ombre. Bâtisseur de club, donc d’hommes et de femmes, qui ne peuvent se plaindre de ne pas avoir grandi sous l’effet de la patiente et tenace passion. Quand le révérend s’en ira, à tous ces jeunes hommes et femmes de prendre le relais. Comme Elizabeth Hérissé Charles, à travers Volley 2000, ne se fatigue pas de transmettre aux plus jeunes ce qu’elle a reçu de devanciers au temps où ce sport était un peu celui des jumelles Hérissé et des frères Georges. Bref, de l’espoir on peut en nourrir. Et quelques souhaits on doit en exprimer.

Le tournoi international de Barbade et la Ligue mondiale de Tokyo ont coïncidé. Les images des nôtres ne nous sont pas parvenus. Les résultats, en ce temps de renaissance, importent peu. Mais dans trois-quatre ans… ! De toute façon, nous connaissons nos athlètes et nous savons que le déficit technique et tactique par rapport au niveau mondial ne peut se résorber que si, et par ordre d’importance :

  • on privilégie et systématise le recrutement des grands ( filles: 1,80 mètre ; garçons, 2,00 mètres )
  • on se met à l’école du haut niveau par la formation des entraîneurs -
  • on s’approprie l’esprit de la haute compétition ( pas le sport pour le sport ) -
  • on se frotte aux meilleurs -
  • on construit plusieurs planchers dans les grandes villes de volley.

Finalement, que de labeur pour si peu d’ouvriers. Mais il est bien que notre jeunesse volleyeuse ait recommencé à voyager. Dans quel esprit ? Celui de la haute compétition ferait le bonheur des véritables sportifs. Il y a mieux : le volley ne se joue plus qu’au collège Saint Pierre. À croire que cette conjoncture post 86 n’est pas faite que de reculs.

 
   
   
   
   
 
   
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