infohaiti

 

 

 

Jeudi 3 Mai 2007

Présidentielles françaises - Débat entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy  :
L’élégante « Royal » a perdu son « cool » alors que le bouillant « Sarko » s’est montré serein et « présidentiable »

Par Yves Cajuste - InfoHaiti.net (Brockton, Massachusetts)

Segolene Royal Nicholas Sarkozy

Tout était soigneusement chorégraphé à la « française » pour ce premier débat présidentiel en France depuis celui de 1995 entre Jacques Chirac et Lyonel Jospin.
Les conseillers des deux candidats à la succession de Jacques Chirac ont travaillé pendant environ une semaine avec les autorités du CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) sur les moindres détails de ce face à face vraiment décisif à quatre jours de la grande finale de dimanche prochain. Débat décisif : à cause des nombreux indécis de l’Union pour la Démocratie Française de François Bayrou devenue depuis dimanche dernier le troisième pôle politique de la France avec en poche plus de 18% de l’électorat. Débat décisif : le leader de l’extrême-droite du Front National  Jean-Marie Le Pen avait appelé ses partisans à l’abstention au second tour à l’occasion d’un discours prononcé à l’occasion du Premier Mai. Une France euphorique qui avait  retrouvé un engoument certain  pour la vie politique avec une participation historique de 85% de l’électorat lors du premier tour le 22 avril dernier attentait donc avec intérêt et impatience le débat présidentiel entre Nicolas Sarkozy, le leader de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP) et Ségolène Royal, candidate du Parti Socialiste (PS).

Intitialement prévu pour deux heures, le duel Sarkozy-Royal aura duré 158 minutes avec comme arbitres Patrick Poivre d’Arvor, le présentateur du journal de 20 heures sur TF1, le journal télévisé le plus regardé en Europe  et Arlette Chabot, Directrice de l’info à France 2. Plus de 20 millions de télespectateurs auraient regardé ce débat dans son intégralité dans l’Hexagone, selon les estimations de la presse française.

La présidence et les institutions, l’économie, l’environnement, l’Europe et l’internationale : tels étaient en principe les quatre grands thèmes sur lesquels devraient intervenir Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy dans ce débat télévisé qui n’aura pas permis finalement aux deux candidats de convaincre cette frange importante de l’électorat (notamment du centre) qui attendait plus qu’un « je suis en colère contre les injustices » de la socialiste ou d’un « vous avez perdu votre sang-froid madame» du bouillant président de l’UMP. Et il faudrait ajouter à tout ce dérapage la passivité des « deux pendules » pour répéter un confrère du POINT qui parlait d’Arlette Chabot et de Patrick poivre d’Arvor véritablement incapables de ramener les deux « combattants » à la raison sinon aux questions – pafois très mal formulées - qui étaient posées aux candidats.

Sur l’économie, le clivage traditionnel droite-gauche était clair avec un Nicholas Sarkozy dénonçant une France avec l’un des niveaux de taxation les plus élevés de l’Europe. «Dans un monde globalisé, le capital ira là où le niveau de taxation est le plus bas » dira ce membre de la majorité présidentielle qui avait d’alleurs occupé le porte-feuille de l‘économie et des finances dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin en 2004. A l’approche libérale de son rival, Ségolène Royal  opposera un modèle de croissance économique basé sur l’innovation et la création d’entreprises pour résorber le chômage et lutter contre la concurrence internationale. Des clichés connus de tous et mille fois répétés lors de cette campagne électorale française très dynamique et passionnante, faut-il le reconnaitre.

Sur l’environnement, la candidate socialiste s’engage à faire de la France le pays de l’écologie par excellence en encourageant par des « incitations fiscales » la création d’éco-industries dans des  secteurs comme la construction de logements et des automobiles. « Le réchauffement climatique est un problème assez sérieux qui conduira aux conflits de demain » dira en substance Ségolène Royal  qui, faut-il le rappeler, dans son programme de campagne propose la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement. Sur ces défis planétaires, Nicholas Sarkozy ne s’opposera pas réellement à sa rivale. Il proposera une « taxe carbone  et insistera beaucoup sur le rôle et l’importance de l’utilisation du nucléaire en France. Ce qui a occasionera la première réelle « prise de gueule » entre les  deux candidats avant le véritable bras de fer sur des échanges de vue sur l’éducation.

La présidente « Royale » qui se fache face à un « Sarko » généralement connu pour agité et "musclé"
En voulant être plus agressive – pour combler peut-être l’écart dans les sondages - Ségolène Royal  a sorti des griffes ce soir face à un adversaire qui voulait jouer, parait-il, la carte de la sérénité pour projeter l’image d’une force tranquille, plus calme, plus « présidentiable ». Lui qui généralemnt dit tout ce qu’il pense a pourtant, dans ce débat, méticuleusement choisit ses mots et ses gestes. Décidément, il voulait se démarquer de l’image du ministre de l’intérieur qu’il était lors des émeutes urbaines d’octobre-novembre 2005.
Véritablement furieuse après certaines propositions de Nicholas Sarkozy sur les services de qualité qu’il se propose d’offrir  aux jeunes élèves handicappés s’il est élu président de la république, Madame Royal est sortie de son calme habituel pour qualifier son concurrent politique de menteur. Pour avoir été Ministre Ministre déléguée à la Famille, à l'Enfance et aux personnes handicapées dans le gouvernement de Lyonel Jospin entre 1997 et 2000, Ségolène Royal  se sentait vraiment en territoire de prédilection pour dénoncer les coupes budgétaires qui ont affecté le secteur  de l’éducation à l’arrivée de la droite au gouvernement. « Ne venez pas, larmes aux yeux nous parler de ce que vous comptez faire pour ces jeunes handicapés, Votre gouvernement a éliminé tous les postes que nous avons créés pour, justement venir en aide , à ces jeunes ..... C’est de l’immoralité politique ». Tous ceux qui ont suivi la carrière politique de Sarkozy s’attendaient à une réaction « caustique ». Il en était tout autrement. C’est un « Sarko » tendre, gentil, respectueux et professeur « de morale » qui essaie de répondre à une présidente « Royale » surexcitée qui ne voulait pas se calmer. «Vous êtes vraiment en colère madame » dira calmement et sereinement Nicholas Sarkozy. «Oui je suis très en colère. Mais c’est une colère saine face à vos injustices sociales». «Pour  être Président de la République, il faut être calme» a avancé un président de l’UMP super calme.

Et nos deux journalistes pendant cette hausse de ton qui a duré près de 6 minutes ?  Timide intervention des modérateurs sans succès car Mme Royale que l’on présente généralement comme une dame bourrée de talents mais très autoritaire avait véritablement le contrôle du « plateau ».

La machine européenne est en panne
, Après cette tempête dans les studios de TF1 à Boulogne, la construction européenne permetait à Patrick Poivre d’Arvor et  Arlette Chabot de reprendre un certain controle du débat télévisé entre Ségolène Royal et Nicholas Sarkozy. Commencer relancer la machine européenne véritablement en panne après que les Français aient rejeté  la Constitution Européenne lors du référendum organisé le 29 mai 2005 ?
Plus décontractrée, Mme Royal ne perd pas pour autant de sa vigueur et de sa passion pour aborder un sujet qui préoccupe sérieusement les français en général et l’électorat de gauche en particulier très critique à l’égard de cette « Europe qui se construit sur le dos des travailleurs ». Et il ne faut pas l’oublier non plus, l’importance du report des votes de gauche pour une victoire des socialistes quand on sait qu’en dépit de la main tendue à François Bayrou les « grosses têtes » de l’UDF continuent de rejoindre le cam Sarkozy en masse, alliances locale et régionale l’obligent dans la perpective des prochaines législatives. «Les français ont dit non  à la Constitution Européenne non pas parce qu’ils sont contre l’Europe mais parce qu’ils s’opposent aux délocalisations, synonyme  de chômage. Il faut que l’Europe que nous voulons construire fasse ses preuves sur le plan social » a ponctué Mme Royale qui plaide également en faveur d’un développement vers le haut de l’Europe. Entendez par là, des mesures spéciales pour aider les nouveaux pays de l’Est à atteindre un niveau de développement comme cela a étv le cas pour l’Espagne et le Portugal, a-t-elle conclu.
Sur l’Europe, M. Sarkozy s’est prononcé contre « l’élargissement à outrance ». Concernant la Constitution Européenne, l’UMP propose de modifier certaines structures de l’Union Européenne. « Les français ont voté non sur la Constitution Européenne, c’est fini. Il ne faut pas revenir la-dessus ».  Il  a ajouté avoir déjà discuté avec des leaders européens l’idée de l’élection d’un Président de l’Union Européenne. A propos de la Turquie, M. Sarkozy n’était passé par les 4 chemins pour cracher sa position. « Je suis contre l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. « Pas pour des raisons politique, religieuse ou idéologique mais tout simplement parce que la Turquie n’est pas l’Europe c’est l’Asie minuere » dira l’ancien Ministre de l’intérieur. Une déclaration dont les conséquences dépasseont les frontières françaises à un moment où le dbat est relancé en Turquie sur la laïcité.
Prudente et moins agressive, Mme Royal s’est contentée de rappeler à M. Sarkozy que la France (officiellement) s’est déjà engagée depuis belle lurette dans le sillage des partisans de négociations en vue de l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne. « L’on pourra, si vous voulez signez des accord de livre-change avec ce grand peuple mais pas d’intégration » devait conclure Nicholas Sarkozy.

L’Afrique absente
Invités à exposer leurs plans pour le continent africain et leur position respective sur le génocide au Darfour, les deux candidats n’ont présenté rien de concret. L’occasion pour M. Sarkozy d’évoquer sa politique sur l’immigration – une immigration choisie – position qui lui a valu tant des ennemis à gauche que des partisans à droite. Cette fameuse phrase «la France ne saurait accepter toutes les misères du monde », si elle soulève en France l’indignation des milieux humanitaires a permis, selon de nombreux observateurs, à l’UMP  et à son président d’aller chasser sur le terrain de prédilection de l’extrême-droite. C’est ce qui a expliqué, disent-ils, le score  du Front National de Jean-Marie Le Pen lors du premier tour des élections. Les mauvaises langues socialistes avancent même que certaines déclarations de M. Sarkozy telle la création d’un ministère de l’Immigration et de l’identité nationale sont dirigées en direction des patisans de Le Pen.
Quant aux réels problèmes auxquels font face les pays africains, Ségolène Royal a parlé de micro-crédit, de co-développement sans un mot sur le poids de la dette envers l’occident et les grandes institutions internationales, la fuite des cerveaux africains vers les grandes métropoles européennes et nord-américaines, le sous-développement de l’agriculture, les transferts de technologies, les méfaits du SIDA  etc ......

Tout aussi absents de ce duel télévisé Royal-Sarkozy : le proche et le moyen-orient, l’amérique latine. Pour un pays qui entend jouer un grand rôle dans les affaires internationales, dans un pays où la politque étrangère est la chasse gardée du Président de la République, les prétendants à la succession de jacques Chirac n’ont pas du tout affiché une maîtrise des grands dossiers d’un monde globalisé dans lequel les multinationales ont parfois beaucoup plus  de pouvoir sur les instances de décision politique que les hommes au pouvoir.

   
footer
©copyright 2006 | cmosaique@aol.com  (508)498-0200 |  midy2midy@aol.com (617)470-1912