Le président de l’UMP, Union pour un Mouvement Populaire, Nicholas Sarkozy (52 ans) a remporté ce dimanche 6 mai le deu-xième tour des élections présidentielles françaises avec 53 % des suffrages expri-més contre 43% pour sa rivale du Parti Socialiste Mme Ségolène Royal (54 ans). Un résultat pas du tout surprenant et qui ne faisait que confirmer tous les sondages con-duits dans l’Hexagone depuis janvier de cette année. C’est la troisième défaite consécutive de la gauche française en 19 ans dans la course à l’Elysée. Le taux de participation estimé à 86% qui a battu tous les records en France (même celui du premier tour) atteste d’une soif réelle et d’un profond besoin de change-ment dans la vie politique française.
Moins de 10 minutes après la publi-cation des premiers résultats, Mme Ségolène Royal, toute souriante, s’est rendue à la Maison de l’Amérique latine, pas trop loin de la Rue de Solférino, siège du Parti Socialiste, pour concéder sa défaite devant des partisans chauffés à blanc qui, par leur enthousiasme, semblaient vouloir confier à la Présidente du Conseil Régional de Poitou-Charentes la difficile mission de mener la bataille des législatives du mois de juin prochain. Ce message, elle l’a compris. «D’autres rendez-vous nous attendent ensemble. Nous allons continuer ce combat ensemble, déclare en effet ce soir Ségolène Royal qui n’a nullement perdu de son énergie des 18 mois de campagne.
Après sa défaite, elle veut s’imposer comme leader du PS
Si la débâcle du Parti Socialiste dès le premier tour des présidentielles a logiquement a privé Lyonel Jospin de tout rôle dans l’avenir immédiat du PS, Mme Ségolène Royal, avec 47% de voix en poche, s’est véri-tablement imposée comme le leader légitime de la gauche. Elle est, faudrait-il le souligner, la première française à franchir le premier tour d’une élection présidentielle. Sa participation est d’autant plus méri-toire quand on se rappelle la bataille qu’elle a d’abord menée pour se défaire des grands caciques du parti socialiste (Dominique Strauss Khan, Laurent Fabius …) lors des houleuses « primaires socialistes » d’au-tomne dernier et obtenir finalement le soutien des militants socialistes et son passeport pour l’échéance du 22 avril dernier.
Et pour de nombreux analystes politiques, la longue saga interne pour choisir l’élu socialiste à ces élections aura pesé de tout son poids dans la défaite de Ségolène Royal face à un Sarkozy qui avait pratiquement mené campagne sur un terrain de velours avec en poche, depuis longtemps, le support sinon le silence des ténors de la majorité présidentielle au pouvoir. Même au plus fort de la crise dans les banlieues, la droite avait choisi de protéger son poulain même quand ce dernier se versait dans des dérapages langagiers à la Jean-Marie Le Pen. Entretemps, à la Rue de Solférino, l’on se déchirait d’abord sur les grandes orientations du Parti Socialiste et ensuite sur les grands axes «du pacte présidentiel » susceptibles de convaincre un électorat français qui en a marre du traditionnel clivage droite-gauche à un moment où partout en Europe les grands enjeux de la mondialisation exigent de nouveaux choix économiques et sociaux.
Tout en gérant dans le calme et stoïquement la défaite de ce second tour, des militants socialistes ayant apporté leur soutien dès le début à Ségolène Royal n’ont n’ont pas caché pourtant leur déception face face aux « barons » : « Quand le représentant national à l’économie et à la fiscalité de votre parti claque la porte deux mois presque avant le premier tour, c’est pres-qu’impossible de gagner » déclarait une militante socialiste qui venait d’assister à la deuxième inter-vention de la soirée de Ségolène Royal. En référence, bien sûr, à la fracassante démission du député de Drôme Eric Besson qui, en plein débat interne sur les coûts des propositions de la candidate socialiste a décidé non seulement de démissionner mais de re-joindre le camp Sarkozy.
Et même au soir de la défaite, la tension était, avait-on l’impression, toujours vive au sein d’un Parti Socialiste qui, en dépit du score obtenu par Ségolène Royal, ne voulait pas marcher sous son leadership. Et l’on comprend pourquoi Mme Royal s’est rendue au siège du parti après son discours à la Maison de l’Amérique Latine pour s’adresser à ces vaillants militants qui lui ont donné un mandat clair pour rénover sinon réorienter le PS. Et comme pour lui donner la réplique un DSK, candidat malheureux lors des « primaires socialistes », vendait sa fameuse formule social-démocrate sur tous les plateaux de télévision: « Face aux défis d’un monde de plus globalisé, la social-démocratie doit être envisagée pour rénover notre parti car les vieilles approches
ne tiennent pas » déclarait un Dominique Strauss Khan qui, de l’avis de ses plus proches conseillers, est «un homme politique loyal mais qui n’a jamais été Royal». Forcé à se prononcer sur les législatives de juin prochain, Il a quelque peu nuancé sa position en soulignant à l’instar d’un autre cacique socialiste Laurent Fabius (plus conciliant) que face «à une défaite collective il fallait une gestion collégiale de ces importantes élections».
Nicholas sarkozy : un mandat clair pour remplacer Jacques Chirac
Plus de 40% des électeurs du Mouvement Démocrate (ci-devant UDF) ont rejoint leur famille politique traditionnelle (la droite) pour donner leur soutien à Nicholas Sarkozy qui a, également ratissé large à l’extrême-droite du balancier politique, Avec 63% de l’électorat du Front National en dépit du mot d’ordre d’abstention lancé le premier mai dernier par le leader « vieillissant » Jean-Marie Le Pen. Le Soutien apporté par les Lépenistes au successeur de Jacques Chirac fait craindre à plus d’un des excès de pouvoir d'un homme qui, au ministère de l’intérieur, n’a pas caché son appétit pour les moyens forts pour lutter contre
l’immigration illégale et la criminalité..
Pourtant, c’est un Nicholas Sarkozy « charmeur et rassembelur » qui s’est adressé d’abord devant plus de 3000 membres de l’UMP qui se sont engagés dans sa campagne avant de retrouver, Place de la Concorde, une foule estimée à des dizaines de milliers de personnes pour son premier grand rassemblement en tant que Président élu. «Ma pensé va ce soir à Mme Royal. Je veux lui dire que j’ai du respect pour elle et ses idées dans les lesquelles des millions de français et de françaises se sont reconnus. RespecternMme Royal c’est respecter les millions de français qui ont voté pour elle ». Cet appel à l’apaisement tombait à pic car, à Paris comme dans
certaines autres villes, la police signalait, dans ls soirée, quelques incidents entre partisans de l’UMP qui célébraient la victoire de leur poulain et ceux du PS qui avaient du mal à accepter la troisième défaite consécutive de leur parti après celle de 1995 face à Jacques Chirac et l’humiliante élimination dès le premier
tour au profit de l’extrême-droite.
Un message pro-européen et «à nos amis américains»
Dans ses premiers propos comme président élu, Nicholas Sarkozy a affiché clairement les grandes orientations de ce que sera sa politique étrangère. Son admiration pour l’Amérique a été sans équivoque. «Je veux lancer un appel à nos amis américains pour leur dire qu’ils peuvent compter sur notre amitié qui s’est forgée dans les tragédies que nous avons affrontées ensemble. Je veux leur dire que la France sera toujours à leur côté quand ils auront besoin d’elle»
L’attitude « gaulienne » de la France vis-à-vis de la toute puissance américaine va-t-elle laisser la place à des rapports plus pragmatiques basés sur les grands défis du 21ème siècle dont les plus cuisants sont le terrorisme international, le réchauffement climatique et une globalisation aveugle qui engloutit les espoirs de développement d’un tiers-monde de plus en plus endetté. « Une grande nation comme les Etats-Unis a le devoir à ne pas faire obstacle à la lutte contre le réchauffement climatique, au contraire …» Une claire invitation aux Etats-Unis à rejoindre la grande famille des nations qui ont ratifié les accords de Kyoto. L’approche Sarkozy a déjà reçu un « A+ » dans toute la presse américaine. Les présentateurs de Betway Boys (Fox News) ont annoncé d’ailleurs depuis samedi soir, se basant sur les sondages, que « l’ère de l’arrogant Dominique de Villepin allait finalement sonner». La droite américaine n’oubliera pas de si tôt la réplique donnée à Colin Powell par le chef de la diplomatie française lors des houleux débats en 2002 au Conseil de Sécurité des Nations-Unies sur le programme nucléaire de Saddam Hussein.
Sur l’Europe, Nicholas Sarkozy s’est déclaré un farouche partisan de la construction européenne. « J’ai été européen toute ma vie. Je crois sincèrement, profondément en la construction européenne ». Cependant, comme pour respecter la voix de ces millions de français qui ont tout récemment rejeté « La Constitution Européenne » , Nicholas Sarkozy conjure tous ses « partenaires européens à écouter la voix des peuples qui veulent être protégés … ». Le président élu a annoncé qu’il sera, dès ses prises de fonctions officielles, dans la capitale de l’UE (Bruxelles) et ensuite en Allemagne pour engager un dialogue serein sur une relance d’une machine européenne qui semble vrombir bruyamment en faisant malheureusement du sur place.
Sur le plan intérieur, Nicholas Sarkozy ne s’est pas du tout écarté des grandes idées de sa campagne électorale sans s’aventurer à donner des détails sur ce qu’il compte faire pour remettre au travail ce que les économistes libéraux appellent la France des 35 heures de la gauche. «Aujourd’hui, le peuple français a choisi de rompre avec les idées, les habitudes et les comportements du passé » déclare Nicholas Sarkozy qui fort de ce mandat annonce qu’il va réhabiliter le travail, l’autorité, la morale et le mérite.
« Je vais remettre à l’honneur l’identité nationale » devait conclure dans son premier discours de la soirée à la Salle Gaveau devant ses fidèles, le prochain chef de l’Etat français. C’est la seule petite phrase de la soirée qui va peut-être faire tâche d’huile et inquiéter, qui sait, les forces de gauche et même une frange du centre. Aucune raison de s’inquiéter, rassurera un François Fillon, l’un des plus premier-ministrables, qui annonce d’ailleurs la formation d’un gouvernement d’ouverture avec des ministres du Centre et même de la Gauche.
Les promesses et les alliances électorales continueront pour longtemps encore ou du moins jusqu’au mois de juin prochain pour les législatives.